Le Brexit plane aussi sur les clubs sportifs, comme au London French Rugby

equipe london french rugby club RFC

C’est un club, composé non seulement de francophones mais aussi de nationalités du monde entier et qui fêtera ses 60 ans d’existence en 2019. Le London French Rugby (RFC) a su malgré les difficultés inhérentes à la vie sportive associative résister. Mais le Brexit présente une nouvelle menace aujourd’hui pour le club. Depuis le référendum, le nombre de licenciés a baissé, expliquent deux des membres du comité de direction actuel, Stéphane Redon et Philippe Munch. Mais le club a engagé plusieurs actions pour éviter le pire.

“On a déjà connu des cycles de départs et d’arrivées, des périodes un peu plus instables. L’environnement économique a changé depuis quelques années, en 2015 on avait déjà dû engager une restructuration. Aujourd’hui, le Brexit n’ajoute pas au sentiment positif”, résume Stéphane Redon. La sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne a d’ailleurs déjà des conséquences sur le recrutement des joueurs.

Une communauté française qui bouge

Le RFC a en effet de plus en plus de mal à recruter. Il y a 30 ans, le club comptait 5 équipes contre une seule en 2018. “Il y a deux ans, on avait pu constituer trois équipes, mais avec les allées et venues des gens, la durée du séjour qui se raccourcit, tout a changé”, ajoute le membre du RFC. Une des explications à cette problématique s’inscrit donc dans la perspective du Brexit. Certains Français préférant l’anticiper choisissent d’ors et déjà de rentrer au pays, d’autres s’expatriant vers d’autres contrées que la Grande-Bretagne… Tout cela ne contribue donc pas à aider le club à trouver de nouveaux licenciés. Cela signifie-t-il pour autant la fin du London French Rugby ? “Les clubs de rugby non-britanniques disparaissent petit à petit”, révèle Stéphane Redon, “en fait, même les clubs anglais anciens, très ancrés dans la communauté locale, subissent le même sort. Mais au RFC on a toujours réussi à stabiliser les situations”.

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Stéphane Redon (à gauche) et Philippe Munch (à droite)

Car outre le Brexit, d’autres facteurs influent sur le recrutement des joueurs. “Les mentalités ont changé, les gens s’impliquent moins dans la vie associative et sportive en privilégiant une approche plus consumériste des choses”, se désolent Stéphane Redon et Philippe Munch. La communauté française a aussi beaucoup bougé. Le club étant installé dans l’ouest de Londres, il a toujours attiré la population d’expatriés de South Kensington. “Mais depuis quelques années, il y a un éparpillement de la communauté dans d’autres lieux de la capitale, car le quartier est devenu bien trop cher. Du coup, faire des temps de trajet long pour venir à un entraînement devient vite un frein”, confie Stéphane Redon.

Une restructuration nécessaire

Le RFC, créé après la Seconde guerre mondiale par des lycéens français, résiste malgré tout, sa réputation faisant beaucoup. “On est là depuis près de 60 ans, on a toujours réussi malgré les hauts et les bas à garder le club stable”, répètent Stéphane Redon et Philippe Munch, “on a eu jusqu’à 80 membres inscrits par an”. Les administrateurs ont décidé il y a trois ans de restructurer le club, devenu une limited company avec un board actuel comptant six membres. “Avant, les capitaines des équipes faisaient toit : les feuilles de matches, les entraînements, la gestion de l’organisation”. Les choses ont depuis été repensées. “Et surtout, on a travaillé sur les infrastructures”, complètent Stéphane Redon et Philippe Munch.

Les travaux avaient déjà été engagés il y a dix ans “pour éviter de perdre des joueurs attirés par d’autres clubs plus structurés”. “On a été bien accompagné par le borough de Richmond et aidé par la RFU (Rugby Football Union) après la coupe du monde en 2015”, lancent les membres du RFC. “On a aussi beaucoup travaillé sur notre présence sur les réseaux sociaux, lancé un nouveau site internet, on collabore avec des universités de Londres pour attirer les étudiants. Tout cela en gardant notre objectif de toujours : rester un club de sport qui permet de créer aussi du lien social”.

Une équipe vétérans a pu être constituée l’an dernier, une section mini (6-11 ans) fait partie intégrante du RFC – “on a une trentaine de jeunes, c’est positif quand on sait qu’on est parti de zéro il y a quatre ans” -, le club compte actuellement près de 40 licenciés, un entraînement par semaine est organisé. “On garde le sourire, on a la niaque et l’envie de continuer. Nous remettre en question n’a jamais été un problème”, concluent les deux membres du club.