Le Brexit touche en plein cœur ces couples franco-britanniques

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Paul Sadler et Pierre Klein, en pleine manifestation anti-Brexit

Questionnements, éloignement ou, au contraire, lien plus fort avec son conjoint ? A l’occasion de la Saint-Valentin, on s’est demandé comment les couples franco-britanniques vivaient le Brexit.

Sans surprise, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne soulève quelques émotions et questions chez plusieurs Français et leurs compagnons. Elisabet Casaux, par exemple, est étudiante en marketing à Bordeaux. Actuellement dans une relation à distance avec un Londonien, elle a pour projet de pouvoir le rejoindre un jour outre-Manche mais, Brexit oblige, elle s’inquiète des modalités qu’il lui faudra désormais suivre pour pouvoir y vivre et trouver un travail. “Le Brexit ne m’inquiète pas à court terme puisque, ne vivant pas dans le pays, je ne risque rien même pour un week-end. Cependant, je suis inquiète à plus long terme, lorsque que j’aurai fini mes études et voudrai m’y installer.”

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Martin Conroy et Valentine Caillaud

Sur place depuis 2016, Valentine Caillaud, étudiante également, se montre elle plus sereine quant à sa capacité à pouvoir rester en Angleterre aux côtés de Martin Conroy, son compagnon britannique : “Je pourrai apparemment prétendre au pre-settled status (qui donne droit à la résidence temporaire avant de pouvoir, au bout de cinq ans, demander la résidence définitive, ndlr).” Les questions des couples franco-britanniques sont surtout très pratiques et tournent, notamment, autour de la couverture médicale, de l’assurance maladie. Ou encore de l’aisance de circulation entre la France et l’Angleterre. “Nous espérons que des accords soient mis en place afin que nos trajets soient toujours aussi faciles qu’à l’heure actuelle.” 

La situation de Thierry Tantot est encore différente. Installé depuis 27 ans au Royaume-Uni, marié à une Britannique et père de trois enfants, le Français n’est pas particulièrement préoccupé quant à sa capacité à rester en Angleterre. Mais cela ne l’empêche pas de ressentir une forte amertume pour le Brexit. “Quelque chose a été brisé par le résultat du référendum, raconte-t-il. Ce sentiment est partagé par nombre de Français. Nous ne nous sentons plus autant chez nous en Angleterre, même si notre conjoint est Britannique et que nous ne sommes pas de simples expatriés de passage.” Mais pour ce qui est de la relation avec sa compagne, rien ne semble avoir changé. “Si ce n’est que j’éprouve le besoin, ainsi que nos ami(e)s français(e)s de parler du Brexit alors que mon épouse en a ras-le-bol. Elle a presque honte, elle se sent trahie par ses concitoyens et ne se reconnaît pas dans le résultat du référendum.” De son côté, Claire Yossman, mariée à un Britannique et maman d’une adorable Sophie, âgée de huit mois, indique s’être sentie “en colère”, comme “rejetée”, lors du vote sur le Brexit. “Mais nous étions sur le point de nous fiancer à l’époque, avec Daniel, et cela n’a donc rien changé”, précise-t-elle.

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Thierry Tantot et son épouse Sally

Le couple, pas concerné en tant qu’entité”

Pour la psychologue Fanny Bauer-Motti, basée à Londres, le Brexit a pu être interprété, par certains expatriés, comme “un rejet du pays dans lequel ils ont choisi de s’installer” et peut, en ce sens, générer quelques angoisses. Mais pour cette professionnelle, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’affecte pas tant les couples franco-britanniques en tant qu’entité” mais plus “le rapport du Français aux Britanniques ou, du moins, sa place symbolique.” La question se pose aussi surtout dans la sphère professionnelle. “De nombreuses entreprises parlent de se relocaliser et cela implique parfois pour les couples de devoir choisir une nouvelle voie, de chercher un nouveau travail alors qu’ils ne l’auraient peut-être pas fait dans un autre contexte.” 

Des interrogations que peuvent par exemple se poser le Français Pierre Klein et son époux britannique Paul Sadler. “Pierre est un scientifique, explique Paul. Et les financements européens pour la recherche devraient s’amenuiser au Royaume-Uni, ce qui signifie que Pierre pourrait devoir quitter la Grande-Bretagne pour sa carrière”. Le Britannique s’interroge donc naturellement sur sa capacité à pouvoir suivre son compagnon dans de bonnes conditions si le couple devait un jour s’établir dans un pays de l’Union européenne. “Je ne suis pas particulièrement inquiet de l’impact en soi du Brexit sur notre relation mais c’est vrai que cela pourrait poser quelques contraintes auxquelles nous devrons alors trouver des solutions.” 

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Daniel et Claire Yossman et leur petite Sophie

Pas toujours simple, donc de faire face à l’incertitude pour ces couples franco-britanniques… Mais certains se montrent particulièrement déterminés. “Troy, mon conjoint, et moi nous sentons plus soudés que jamais, sourit Elisabet Casaux. Et nous nous sommes promis que, quoiqu’il en soit, nous nous battrons pour notre histoire.” Pour la jeune femme, vivre une relation avec une personne d’une autre nationalité est, en outre, particulièrement positif. “Je pense que ce type de relation est très enrichissante humainement. Elle nous fait évoluer prématurément, en nous ouvrant à d’autres cultures.” “On a pris les meilleures choses de nos deux cultures, indiquent, de leur côté, Claire et Daniel Yossman. Les soirées dégustation de vins et fromages, les virées à Wimbledon à siroter des Pimm’s, les échappées belles dans la région des lacs sur les traces de Beatrix Potter.” Bien sûr, tout n’est toujours pas rose. “Les pâtes dans le ketchup restent encore un sujet de discorde…”, rit le couple. Un dernier débat, certes brûlant, mais qu’aucun “deal” ou “no deal” ne viendra perturber. Bien heureusement.