Cédric Villani : “Londres est l’une des villes dont Paris doit s’inspirer”

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Le mathématicien, député de la 5ème circonscription de l’Essone et candidat à l’investiture La République En Marche (LREM) pour les prochaines municipales de Paris, était à Londres lundi 20 mai. Venu dans le cadre de rencontres avec le monde de la high tech notamment chez Google mais aussi avec le secrétaire d’Etat au numérique britannique, Cédric Villani a profité de son passage pour venir signer à la Librairie La Page son dernier ouvrage Immersion. L’homme de sciences y raconte ses deux premières années dans la politique.

Il a beau être ce personnage si singulier que l’on reconnaît désormais partout où il passe, lui qui ne se sort jamais sans une broche en forme d’araignée sur son veston, Cédric Villani n’en garde pas moins les pieds sur terre. Sans broncher, il a enchaîné les dédicaces de son livre à la Librairie La Page, il a accepté avec plaisir et toujours autant d’enthousiasme les demandes de selfies, tout ça sans jamais oublier soit de faire la bise soit de serrer la main de tous ceux – et ils étaient nombreux et particulièrement des jeunes – venus lundi 20 mai croiser son regard et échanger quelques mots. “C’est de l’entraînement, j’ai fait ça pendant des années, ça m’est même arrivé de faire jusqu’à 7 heures de dédicaces dans une seule journée”, confie Cédric Villani, n’hésitant pas, avec une déconcertante vérité, à qualifier ces séances de signature de “travail d’empathie instantanée”.

“Ce livre, c’est vraiment moi”

Son succès auprès du public est certainement dû au fait que le scientifique devenu politique   est resté fidèle à lui-même, bien qu’il reconnaisse avoir beaucoup appris depuis son élection en tant que député. “La vie politique se construit beaucoup en paroles, en présence et en incarnation, ça prend un temps considérable et je retiens de ce premier bilan l’importance du débat même quand on est persuadé de détenir la solution”. Mais la politique est aussi faite de victoires, son plus beau souvenir restera d’ailleurs celui du 13 septembre 2018, “quand le président Macron a remis une lettre (de pardon, ndlr) à la veuve de Maurice Audin, militant communiste et mathématicien assassiné par l’armée française en 1957 lors de la guerre d’Algérie”. Cédric Villani explique qu’il s’était fortement impliqué dans ce “combat qui me renvoie à mes origines aussi bien scientifiques que familiales et à mes engagements, mais aussi au combat de la mémoire et de la vérité qui résonne de manière très forte pour moi”. 

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Cédric Villani en dédicace à la Librairie La Page

S’il a décidé d’écrire un livre si tôt dans son mandat, c’est que, dit-il, “il est plus intéressant de faire le compte-rendu d’un ‘working progress’ parce qu’il y a tant d’incertitudes qui viennent avec, que cela vous permet de rendre compte des choses avec un regard plus frais, plus neuf, plus étonné, et parfois plus émerveillé ou plus effrayé de ce qu’il découvre”. Cédric Villani avoue aussi qu’il a toujours écrit ses ouvrages “dans le feu de l’action. On est toujours un meilleur enseignant pour les choses qu’on vient d’apprendre tout récemment”. Son livre Immersion est donc né de l’urgence de coucher sur papier ce que le primo-élu avait découvert lors de ces deux dernières années alors qu’il s’était lancé dans le bain politique. “C’est un ouvrage de partage et d’ouverture dans lequel je mets mon cœur sur la table et où je raconte de manière très sincère tout ce que j’ai vécu. C’est aussi un livre très singulier par rapport aux pratiques politiques habituelles, dans le sens où je l’ai écrit de la première à la dernière phrase. Bref, c’est vraiment c’est moi”.

Londres, source d’inspiration de celui qui se rêve maire de Paris

Il espère que cette franchise sera un de ses atouts pour convaincre qu’il sera le meilleur candidat de LREM pour la course des municipales de Paris l’an prochain. L’autre capitale qui l’intéresse, c’est Londres, qui reste pour lui une source d’inspiration notamment pour ses espaces verts. “C’est aussi une ville qui a la réputation d’être plus fluide et qui gère avec plus de rigueur les infractions et incivilités. C’est aussi un modèle dans lequel il y a plus de pouvoirs dans les différents “boroughs”, là où à Paris le maire a un fort pouvoir mais les arrondissements en ont peu. A l’heure où on réfléchit à une nouvelle organisation de la mairie pour simplifier le millefeuille administratif parisien, à passer à une plus grande échelle et au moment où on a un devoir de renforcer la rigueur sur la sécurité, sur la propreté ainsi que la gestion des incivilités, Londres est l’une des villes dont Paris doit s’inspirer”, analyse Cédric Villani. 

Le candidat souhaiterait que la capitale française travaille de manière plus forte la question de la fluidité des transports dans la ville. “C’est ce que Londres a fait quand elle a décidé de mettre en place un péage dans le centre avec la reconnaissance automatique des voitures, rendant la mesure plus simple à gérer. Je ne dis pas qu’il faut le faire tout de suite à Paris, car il faudrait réaliser des études en bonne et due forme, mais il est nécessaire de se rappeler que tous les moyens pragmatiques sont bons pour le désengorgement de la ville”. Autre exemple à emprunter selon Cédric Villani : l’accès au métro londonien. “Ici, vous pouvez passer les portiques avec votre carte bleue ou votre téléphone, c’est bien plus simple et commode que ce qui se fait aujourd’hui à Paris”.