Européennes 2019 : “On a refusé mon vote”, se plaint une Française… et elle n’est pas la seule

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Les citoyens européens vivant au Royaume-Uni avaient le choix lors du scrutin des Européennes : voter pour les députés de leur pays d’origine ou voter pour des représentants britanniques. Un courrier leur avait été envoyé courant avril, une fois que le pays avait validé l’organisation de ce scrutin n’étant toujours pas arrivé un accord parlementaire sur le Brexit. Dans la lettre, les ressortissants de l’UE qui feraient le choix de voter pour des députés européens devaient s’inscrire sur les listes électorales avant le 7 mai dernier et ainsi se présenter aux urnes jeudi 23 mai, jour du scrutin au Royaume-Uni.

Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Des centaines de citoyens européens se sont vus refuser l’accès à leur bureau de vote. Sur Twitter, nombreux d’entre eux ont témoigné, via le hashtag “DeniedMyVote” (mon vote a été refusé, ndlr), de leur impossibilité de voter. C’est le cas d’une Française qui a témoigné pour le site Politics Joe UK : “Je suis une des 3 millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni”, explique la jeune femme qui vit sur le sol britannique depuis 7 ans, “aujourd’hui, on m’a refusé mon droit démocratique le plus fondamental”.

Contactée par nos soins, la jeune femme, qui s’appelle Aurore Kaddachi et qui habite dans le Sud de Londres, raconte les faits dans le détail. “Je suis allée à mon bureau de vote et mon nom était rayé en rouge de la liste, à ce moment là on m’a dit qu’il ne serait pas possible pour moi de voter à cette élection et j’ai demandé pourquoi ? La présidente du bureau m’a demandé si j’étais une citoyenne européenne, j’ai donc affirmé qu’en effet j’étais française”, confie la jeune femme. On lui a alors rétorqué que c’est pour cette raison qu’elle ne pouvait pas voter. “J’ai donc répondu : ‘Does it not seem absurd that European citizens cannot vote in their own Parliamentary elections ?’ (n’est-ce pas absurde que les citoyens européens ne puissent pas voter pour leur propre Parlement ?, ndlr). Elle m’a alors demandée si j’avais renvoyé le document”, qui devait donc être rempli avant le 7 mai dernier par tous les citoyens européens désirant voter au Royaume-Uni. Aurore Kaddachi lui dit que oui, elle l’avait même renvoyé le 30 avril pour être sûre de pouvoir participer au scrutin. “Elle m’a donc dit d’appeler mon ‘local council’, ce que j’ai fait, furieuse et frustrée. Au téléphone, la personne m’a dit que le document n’avait pas été retourné à temps”.

Incompréhensible pour la jeune femme, bien qu’elle reconnaisse que depuis Brexit, “l’administration est devenue de plus en plus compliquée pour les Européens qui habitent au Royaume-Uni. Ce document a été envoyé à mon adresse seulement trois semaines avant la deadline et je pense que les ‘councils’ s’y sont pris trop tard car le gouvernement ne sait pas comment gérer ce Brexit et tout a été bâclé”. En cause de ce imbroglio en effet, une mauvaise gestion des demandes d’inscription au scrutin. De quoi mettre aussi en colère le mouvement The 3 Million, créé entre autres par le Français Nicolas Hatton pour défendre les droits des citoyens européens dans le cadre du Brexit. “Il est scandaleux que l’incompétence et le manque de volonté du gouvernement et de la Commission électorale aient empêché ces personnes de voter”, a expliqué le groupe sur sa page Facebook. Il demande d’ailleurs le lancement d’“une enquête approfondie sur cette catastrophe démocratique qui a privé le droit de vote à de nombreux citoyens européens, les plus touchés par le résultat de ces élections”. The 3 Million a invité également les victimes “à écrire à leur député et à la commission électorale pour exprimer leur indignation”.

Aurore Kaddachi est dépitée car elle ne pourra donner son avis sur ces Européennes ni au Royaume-Uni ni en France. “Je suis extrêmement frustrée de ne pas pouvoir voter dans à ces élections surtout avec tout ce qu’il se passe en ce moment, avec la montée des partis politiques de l’extrême droite partout en Europe comme au Royaume-Uni”. Si la déception est là, elle n’envisage pas pour autant de quitter le sol britannique. “Bien sûr que je vais rester. Si j’avais voulu partir, je serais partie en 2016 après le référendum, on savait tous que les choses deviendraient de plus en plus compliquées pour nous tous. C’est vrai que je suis très frustrée et que ça laisse un goût très amer car on ne devrait pas avoir autant de mal à voter dans un pays démocratique en 2019 mais j’ai un job, un toit et des amis incroyables et j’aime Londres, j’en ai fait ‘ma ville’. Je refuse de quitter le pays, seulement je pense qu’à l’avenir que j’envisagerais de voter à mon consulat même si ça m’attriste”.