Avec Reconnect, Anne-Sophie Berrayah vient en aide aux personnes sans-abri de Londres

Anne-Sophie Berrayah Reconnect
Crédits : Guillaume Loyau

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Site internet : Reconnect

La Française Anne-Sophie Berrayah est à la tête de Reconnect, un projet associatif qui a pour but de recréer un lien entre les Londoniens et les personnes sans-abri. L’initiative a officiellement débuté en juillet, et tout le monde peut y participer à sa propre manière.

Normande de naissance, Anne-Sophie Berrayah débarque à Londres en mai 2011, à 29 ans, après une expérience dans les relations presse et deux ans en Australie pour améliorer son anglais. Elle officie en tant que cheffe de projet dans diverses entreprises pendant sept ans. Ensuite, elle décide de complètement changer de domaine et s’oriente vers l’humanitaire, un secteur qui l’a toujours attirée. Elle part en mission au Népal pendant quatre mois pour différentes associations. À son retour, elle prend conscience du problème de l’itinérance à Londres. “C’était difficile de voir des personnes sans-abri et de se dire qu’on a tendance à les ignorer, alors qu’on est dans un pays développé. J’avais les larmes aux yeux à chaque fois que je voyais quelqu’un qui vivait dans la rue.

Reconnect, Le Carillon à l’anglaise

Elle décide alors de travailler sur une initiative pour aider ces personnes sans domicile fixe, et regarde ce qui se fait déjà en la matière. C’est là qu’elle découvre l’association française Le Carillon, qui s’est fait connaître pour son concept de “café suspendu” (cela consiste en commander un café et en payer deux, un pour soi et un autre pour un client démuni qui en fera la demande, ndlr). Le Carillon a ainsi fortement inspiré la création de Reconnect, puisque Anne-Sophie Berrayah a pu parler aux fondateurs de l’association pour connaître leur business modèle et voir comment développer une approche similaire à Londres.

Au début, elle voulait se lancer toute seule, “ce qui paraît aberrant maintenant avec le recul, car c’est beaucoup de travail !”, mais finalement, elle monte une équipe de 10 bénévoles composée d’amis et de personnes extérieures. Deux d’entre elles ont l’expérience de la rue, dont une qui y vit toujours, “ce qui nous permet d’avoir différents types d’expertises.” C’est là que son expérience en tant que cheffe de projet rentre en jeu, puisqu’elle est à la tête de cette fine équipe, même si elle ne se voit pas comme un leader : “Ce n’est pas mon mais notre projet, il n’y a pas de hiérarchie verticale, chaque idée compte.

Ça fonctionne comment ?

Au moment de son lancement en juillet, Reconnect compte alors 7 partenaires, dont une pharmacie, un “charity shop”, des restaurants et des cafés situés à Kentish Town, Camden Town, Shoreditch et Pimlico. Le concept de Reconnect se décline en deux services : des services gratuits offerts par les boutiques partenaires, comme un verre d’eau, pouvoir recharger son téléphone, aller aux toilettes, accéder au wifi, passer des appels d’urgence, etc., tous indiqués à l’aide de stickers sur la devanture de la boutique, ainsi qu’un système de bons.

Un exemple de bon que vous pouvez acheter auprès des boutiques partenaires.
Un exemple de bon que vous pouvez acheter auprès des boutiques partenaires. Crédits : Guillaume Loyau

Ce dernier suit à peu près le même modèle que le “café suspendu” que l’on connaît en France. Au moment de payer, les clients peuvent acheter un bon et mettre le montant qu’ils souhaitent dessus, pour soit le laisser à la caisse pour qu’une personne sans-abri vienne le récupérer, ou aller le donner eux-mêmes à quelqu’un dans la rue. Pour Anne-Sophie Berrayah, cette dernière solution est préférable. “L’idée de Reconnect, c‘est de recréer un lien avec les personnes sans-abri, le bon est un prétexte qui peut aider à faciliter ce contact, en le donnant, et pourquoi pas accompagner la personne et discuter avec elle.

Les profils des sans-abri sont multiples, confie la Française. “Les personnes dépendantes, celles qui ont perdu leur travail, qui ont des maladies mentales, des femmes avec une situation familiale difficile, des gens qui sortent de prison et qui ont des difficultés pour se réintégrer, des jeunes qui n’ont pas forcément appris comment bien gérer leur argent, etc.” Selon l’association britannique Shelter, plus de 1.000 personnes deviennent sans-abri chaque mois au Royaume-Uni.

Une initiative encore en développement

Ainsi, ce fonctionnement peut permettre à des personnes sans-abri de manger, accéder à des médicaments ou avoir de nouveaux vêtements, avec comme but final de les réintégrer à la communauté. Il y a aussi un intérêt pour les commerçants puisque “c’est une bonne action dont le caractère éthique leur permet de faire la différence, d’attirer j’espère des nouveaux clients qui partagent leurs valeurs et de les fidéliser en leur permettant à eux aussi d’être acteurs. Et pourquoi pas demain, générer davantage de chiffre d’affaires puisque les clients payent leur achat et un service additionnel pour une personne sans-abris”.

Pourtant, ça n’a pas été simple de trouver des partenaires. “Dans certains quartiers où résident plus de personnes sans-abris, nous avons pu constater un peu de résistance liés aussi peut-être à de fâcheuses expériences dans le passé. Anne-Sophie Berrayah, qui continue à démarcher en espérant avoir des réponses positives dans les prochaines semaines, se réjouit tout de même d’avoir pu avoir des partenaires à Kentish Town et Camden Town, où il y a une population importante de personnes sans-abri.

La prochaine étape sera de “développer le réseau.” Le but est que cette initiative soit étendue à plusieurs types de services, comme des librairies, des coiffeurs, des opticiens, ou un endroit ou les personnes sans-abri peuvent stocker leurs possessions. Reconnect est un projet totalement bénévole, et compte bien le rester. L’association est en train de lever des fonds afin de financer sa première année d’activité, et notamment les frais d’impression pour les bons et les brochures distribuées aux personnes sans-abri pour les informer sur l’initiative. “À terme, on aimerait trouver un sponsor imprimeur pour que le projet se développe de lui-même et qu’on n’ait plus à se soucier de cet aspect financier.

L’objectif principal est d’atteindre les 150 partenaires d’ici la fin de l’année. Reconnect se concentre sur les commerces de proximité, mais Anne-Sophie Berrayah évoque un possible partenariat avec une chaîne de restaurants. En attendant, il est possible de retrouver la liste des boutiques partenaires (il y a même une crêperie bretonne !) sur le site Internet de Reconnect. 

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Site internet : Reconnect