Une Française veut changer la définition sexiste du mot “femme” dans le dictionnaire Oxford

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Sarah Creuer, à droite (assise dans le canapé) et sa collègue Maria Beatrice Giovanardi (à gauche assise sur l'accoudoir du canapé) et les membres de Fawcett Society East London

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La Fawcett Society East London organise différents événements, pour en savoir plus : ici

C’est en tapant, en janvier dernier, la définition de “woman” sur Google pour trouver un synonyme que Maria Beatrice Giovanardi va faire une découverte des plus… sexistes. Les autres termes pour définir la “femme” sont en effet d’un niveau surprenant, voire choquant. Ainsi peut-on lire comme synonymes : “filly, bird, baggage, bitch, maid, wench” que l’on pourrait traduire par “pouliche, oiseau, bagage, chienne, femme de chambre, prostituée”. De quoi tomber de sa chaise. Elle va vite vérifier sur le dictionnaire de référence Oxford et là, nouvelle claque : parmi les descriptions utilisées pour définir la femme, on trouve par exemple : “une femme est subordonnée à un homme”, “une femme est un objet sexuel”, “une femme est une irritation pour les hommes”, “la femme n’est pas l’égale de l’homme”… Choquée, la jeune femme en parle à sa collègue, Sarah Creuer.

Déjà près de 30.000 signataires

Investie depuis trois ans dans l’association féministe Fawcett Society East London, la Française installée à Londres depuis 5 ans décide alors avec Maria Beatrice Giovanardi de lancer la campagne “#IAmNotABitch” pour faire bouger les choses. Une pétition a été mise en ligne en juillet sur le site “Change.org” avec l’objectif de rassembler au minimum 10.000 signataires, nombre largement atteint puisque près de 30.000 personnes soutiennent déjà cette initiative.

Dans le texte de présentation, on peut lire : “Les exemples (cités dans le dictionnaire Oxford) présentent les femmes comme des objets sexuels, subordonnées et/ou irritantes pour les hommes (…) C’est totalement inacceptable pour une source réputée comme l’Oxford University Press, mais c’est encore plus inquiétant lorsque vous considérez l’influence qu’ils ont sur l’établissement des normes autour de notre langue. Ces définitions misogynes se sont généralisées car les moteurs de recherche tels que Google, Bing et Yahoo autorisent (sur leur plateforme, ndlr) leur utilisation”. Sarah Creuer étaye cette explication en insistant sur le fait que “le rôle du dictionnaire est une question centrale. Certains pensent qu’il est descriptif, d’autres prescriptif. Mais simplement dire qu’il ne fait que décrire les choses serait hypocrite, car le sens des mots a un impact dans la société”. 

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Créer une société (enfin) égalitaire

Les deux jeunes femmes espèrent ainsi “rencontrer l’Oxford University Press – qui publie le dictionnaire anglais Oxford, ainsi que Oxford dictionaries (source utilisée par Apple et Google) – d’ici octobre pour demander que la définition soit changée”. Sarah Creuer rappelle que cette atteinte linguistique concerne tout de même la moitié de la population mondiale. Pour elle, pas question que ses nièces, aujourd’hui adolescentes, expérimentent, maintenant comme dans quelques années, ce sexisme. “Si nous voulons créer une société égalitaire, nous avons besoin d’un langage digne du XXIème siècle, qui ne discrimine pas les femmes”, insiste la pétition, demandant ainsi l’élimination de “toutes les expressions et les définitions qui discriminent les femmes” et souhaitant également l’inclusion dans la nouvelle définition d’exemples plus “représentatifs des minorités”, comme “femme transgenre, femme lesbienne, etc”.

Sarah Creuer, qui mène là sa toute première campagne avec Fawcett Society East London, espère que de nouveaux signataires se manifesteront dans les prochaines semaines pour que leurs voix pèsent davantage auprès de l’Oxford University Press. Ce combat lui tient vraiment à cœur, la Française de 30 ans étant investie depuis très longtemps dans la cause féministe. “Pour moi, c’était important car j’ai toujours ressenti que quelque chose n’allait pas alors même que je suis issue d’un monde plutôt privilégié”, explique la commerciale dans une start-up londonienne, “il y a un réel problème d’égalité et je souhaitais trouver un moyen d’avoir un réel impact dans mes actions”. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à l’assemblée générale de l’association féministe et s’est rapidement investie dans la branche locale East London. “C’est un groupe jeune, dynamique, qui a plein d’idées”, confie-t-elle. Qualificatifs qui définiraient finalement bien Sarah Creuer. 

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