Brexit : retour à la case départ à moins de deux semaines de la sortie officielle

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Crédit : Wikimedia / ChiralJon

La saga Brexit n’en finit plus… du moins pour le moment. Depuis plus de trois ans, le Royaume-Uni s’est enlisé dans une situation des plus ubuesques : des menaces de sortir sans accord, des négociations houleuses, des démissions de ministres et même de la Première ministre, des postures politiques, des sommets européens, des demandes d’extension… Pas un jour sans son nouveau rebondissement. Samedi 19 octobre a été une nouvelle fois la preuve que personne ne serait dire ce qui va se passer d’ici jeudi 31 octobre, date officielle du divorce entre le Royaume-Uni et l’UE.

16 voix qui ont tout changé

Il avait juré à sa prise de fonctions en juillet dernier que le pays sortirait “coûte que coûte” de l’Union européenne le 31 octobre et qu’il préférait “être mort dans un fossé que de demander une (nouvelle) extension”. Pourtant Boris Johnson n’a pas eu le choix : si les députés, convoqués pour un “Super Saturday” à la Chambre des Communes – ce qui n’était pas arrivé depuis 37 ans -, ont voté, ce n’est pas pour son accord renégocié avec l’UE deux jours avant. Non, ils ont validé à 322 voix contre 306 l’amendement “Letwin” qui demandait le report de l’approbation de l’accord jusqu’à ce que le Parlement ait adopté les lois nécessaires à sa promulgation.

Pire pour Boris Johnson, cela entraînait automatiquement la mise en application de la loi Benn bloquant ainsi le Brexit et obligeant le Premier ministre à écrire une lettre à l’UE demandant une prolongation du départ de trois mois. Courrier devant être envoyé le jour-même avant 11pm, heure de Londres. Le but de cet amendement, expliquait alors celui qui l’avait déposé, était d’éviter à tout prix une sortie sans accord et surtout laisser le temps aux députés de regarder le texte en profondeur. Boris Johnson soutenant pourtant mordicus qu’il ne signerait pas cette lettre a fini par céder : mais au lieu d’une missive, il en a envoyé deux. Une sans signature pour demander un report du Brexit, une autre pour dire qu’il n’était pas pour ce report et qu’il n’avait écrit que la première seulement parce que la loi le forçait.

1 million pour demander à avoir voix au chapitre

Donald Tusk, président du Conseil européen, a affirmé samedi 19 au soir avoir bien reçu le courrier. “Je vais maintenant consulter les leaders européens pour savoir ce qui doit être décidé”, a-t-il twitté.

Acceptera ou n’acceptera pas ? La patience de certains chefs d’Etat, comme Emmanuel Macron ou Angela Merkel, a des limites, reconnaissent les principaux intéressés. Donc, l’UE pourra refuser – il faut l’unanimité des 27 pour que l’extension soit validée -, et la sortie pourrait donc être sèche le 31 octobre. Bref, un fiasco total et un retour à la case départ. Mais le Premier ministre britannique s’accroche – ne voulant certainement pas finir dans un fossé – et a promis de revenir mardi devant les députés pour leur présenter la fameuse “withdrawal agreement bill”, projet de loi pour mettre en œuvre l’accord de retrait. Mais rien ne dit que le Speaker, qui décide des points à l’ordre du jour, ne retoque la demande du chef du gouvernement ou que de nouveaux amendements n’interviendront pas pour contrecarrer les plans de BoJo. Cependant, certains députés du côté travailliste ont annoncé qu’ils seraient prêts à soutenir la présentation, seulement, et seulement si, la tenue d’un référendum était actée. La parole serait ainsi donnée aux électeurs pour qu’ils puissent avoir le dernier mot sur cet accord.

Car samedi, les choses s’agitaient dans la Chambre des Communes mais aussi dans les rues de Londres. Un million de personnes, selon les organisateurs, a manifesté pour demander un “People’s vote“. Les participants se sont ensuite rassemblés devant le Parlement pour mettre la pression sur les élus et ministres. La tension était à son comble au point que certains membres du gouvernement ont dû être escortés jusqu’à leur voiture.