Benoit Berthe a trouvé la paix à Londres après avoir vécu l’enfer des homothérapies en France

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© Benoit Berthe Siward

Ses amis proches de Londres connaissaient son histoire, mais jusqu’à présent Benoit Berthe n’avait jamais pris publiquement la parole pour parler de ce qu’il a vécu entre ses 15 et 18 ans. C’est d’abord dans un livre, Dieu est amour (paru en octobre dernier chez Flammarion), puis dans un documentaire diffusé fin octobre sur Arte et enfin devant une commission de l’Assemblée nationale française début novembre, que le trentenaire a décidé d’expliquer l’enfer de ce que l’on appelle “l’homothérapie” ou thérapies de conversion.

Tout a commencé quand deux étudiants de l’école supérieure de journalisme de Lille l’ont approché pour faire un sujet sur ces fameuses thérapies venues des Etats-Unis, aujourd’hui présentes en France, et censées remettre les homosexuels sur le droit chemin de la sexualité. “J’avais parlé de ce que j’avais vécu à des amis, j’évoluais à l’époque dans le Paris de la culture, entre le milieu de l’art et de la musique”, explique Benoit Berthe. C’est ainsi, par contacts communs, que ces deux étudiants ont eu vent de l’histoire effarante du jeune homme.

Harry Potter le pousse à faire son coming out

Le travail de recherche a été tellement minutieux que le professeur des deux graines de journalistes a proposé d’amener ce sujet d’étude sur le terrain professionnel. Arte se montre alors très intéressé. De son histoire, ainsi que de celle de beaucoup d’autres ayant vécu la même expérience traumatisante, vont naître un livre donc, Dieu est amour, et un documentaire “Homothérapies, conversion forcée” pour lequel un des journalistes s’est même s’infiltré dans ces camps et sessions de “déshomosexualisation” pour en dénoncer les mécanismes.

Face caméra, Benoit Berthe explique que ses parents, fervents catholiques et pensant bien faire, l’ont engagé dans ces thérapies. “Ils pensaient qu’être homosexuel ne me rendrait pas heureux”, raconte le jeune homme qui a grandi à Gien dans le Loiret, “c’était maladroit de leur part”. C’est à 10 ans qu’il réalise être “attiré par les garçons”. “Je m’étais alors fait la promesse de ne rien dire, de le cacher à mes parents”. Le pré-adolescent de l’époque vit alors très mal cette période. “Je me sentais seul, sale”. Parce qu’à cet âge-là, on fait confiance aveuglément à ses parents, Benoit Berthe pense alors qu’ils avaient probablement raison, qu’ils pourraient l’aider à se sentir mieux. “Je n’arrêtais pas de faire des cauchemars, je me sentais perdu et tiraillé”. C’est alors qu’il se réfugie dans la lecture. Harry Potter, confesse-t-il, deviendra sa bouffée d’oxygène, une sorte d’échappatoire. “Je me sentais comme le personnage, rejeté et incompris”.

A 14 ans, alors que ses parents assistent à une conférence œcuménique catholique-évangélique de la communauté des Béatitudes, il entend au loin un prêtre expliquer qu’Harry Potter est “une bible satanique pour les enfants”. “Je m’étais isolé dans un pré avec le tome 5 de la saga et quand j’ai entendu ces mots, je suis allé directement voir ma mère. Je lui ai dit que ce prêtre était fou. Elle m’a alors répondu qu’elle avait bien remarqué que depuis trois ans j’avais changé et que c’était certainement depuis que j’avais commencé la lecture d’Harry Potter”, confie Benoit Berthe. Cette phrase a l’effet d’un déclencheur chez l’adolescent. “J’étais pris entre mon secret et ma passion pour ce livre. J’ai choisi cette passion et c’est là que j’ai fait mon coming out”. 

Un chemin pavé de thérapies pour le “soigner”

En réponse, sa mère lui pose deux questions : “est-ce qu’un prêtre t’a touché?” et “est-ce que tu as déjà eu une expérience homosexuelle?”. “J’ai répondu non aux deux. Mais ces questions montraient que pour mes parents l’homosexualité ne pouvait venir que de l’extérieur, qu’on ne naissait pas homo”. C’est alors que va commencer un chemin de croix terrible pour le jeune homme. Pendant trois ans, il va suivre des thérapies, à coup de semaines ou de journées, lors de confessions auprès de prêtres ou encore de camps pour jeunes catholiques. Trois ans où il a l’impression “d’être tombé dans une sorte de vide”. Il devra son salut à son entrée dans les études supérieures, bien qu’”on ne sorte pas indemne” de ce genre d’expérience. “J’ai grandi dans un environnement homophobe, j’avais donc une vision biaisée de ce qu’était l’homosexualité, j’étais alors congelé par la peur de rencontrer un homosexuel”. 

Arrivé à Paris pour ses études, Benoit Berthe est tout de même placé dans un couvent par ses parents. “Le soir, après avoir fini mon travail, je me connectais sur des forums pour parler avec des personnes homosexuelles, je leur demandais de me raconter leur vie. J’avais besoin de comprendre ce qu’était vraiment ‘vivre homosexuel’, et j’ai alors découvert des gens heureux et j’en suis arrivé à la conclusion que finalement c’étaient nos choix qui nous rendaient malheureux”. Il finit par rencontrer quelqu’un avec qui il vivra une histoire pendant six ans, sans jamais le dire à ses parents.

Le Français arrive ensuite à Londres. C’est là qu’il va connaître, avoue-t-il, un “épanouissement” total, un grand bol d’air frais. “J’avais envie d’être heureux, j’étais fatigué de ce combat, de cette confrontation avec mes parents”. Le jeune homme leur prouve petit à petit qu’il est heureux. Les propos tenus en marge des manifestations contre le mariage pour tous – auxquelles ils ont pourtant participé – et des attentats de Paris en 2015 vont aussi faire évoluer le point de vue de son père et sa mère. Ces derniers estimant que les termes homophobes et racistes suscités par ces événements étaient trop éloignés de leurs valeurs catholiques. “Je pense qu’ils sont entrés dans un processus de réflexion et de remise en question, qui les ont aidé à m’accepter tel que j’étais”. Le dialogue devient alors plus simple, et ses parents finissent par lui demander pardon.

Londres, havre de paix et de découvertes

Quand le documentaire a été lancé, ses parents n’hésitent pas à aider les journalistes dans leurs recherches. La mère de Benoit Berthe va même accepter de parler à visage découvert et raconter son point de vue dans cette histoire. Sur plusieurs séquences, le fils et sa maman sont souvent très émus en racontant ce qu’ils ont vécu. “Je crois qu’il a fallu grandir et construire quelque chose de positif pour que le nœud finisse par se dénouer”, confie le Français.

C’est donc à Londres que le jeune homme écrit dorénavant une nouvelle page de sa vie. Aujourd’hui, il s’est donné comme mission de partager son expérience pour éviter à d’autres enfants et parents ces années perdues. Le message semble passer puisque lors de son passage, le 25 novembre dernier, dans l’émission Quotidien sur TMC en France, son intervention a même battu un record d’audience, avec plus de 2.5 millions de téléspectateurs. Il a aussi été entendu à l’Assemblée nationale le 6 novembre lors d’une audition sur les “pratiques prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne”. Il sera mardi 10 décembre sur RT France pour continuer à expliquer que “l’Eglise doit prendre des actes forts contre ces pratiques, qui piétinent la foi. Tant que ce ne sera pas le cas, je ne pourrais pas lui pardonner”.