Le Royaume-Uni décerne son premier prix Goncourt

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Réunis à la Résidence de France, vendredi 13 décembre 2019, quatorze étudiants originaires des quatre coins du Royaume-Uni ont eu la périlleuse tâche de choisir un gagnant parmi les quatre romans sélectionnés cette année par l’académie Goncourt. Une première dans le pays. C’est finalement Jean-Paul Dubois, le lauréat du prestigieux prix littéraire, qui a de nouveau été plébiscité pour son roman Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Un concept déjà expérimenté dans 19 autres pays

Plus d’un siècle après la création du prix Goncourt, le Royaume-Uni est donc devenu le 20ème pays – après notamment la Belgique, la Pologne et la Roumanie – à organiser ce concours universitaire annuel. Dans les faits, des groupes d’étudiants volontaires – allant de la licence au doctorat – ont été constitués dans sept universités anglaises, galloises, écossaises et nord-irlandaises. Chacun de ces jeunes Britanniques inscrits dans un cursus francophone a ensuite dû lire les quatre ouvrages en lice. A savoir La Part du fils de Jean-Luc Coatalem, Soif d’Amélie Nothomb, Extérieur monde d’Olivier Rolin ainsi que Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois.

S’en est suivi un débat de groupe pour confronter les points de vue de chacun vis-à-vis de ces lectures. “J’aime bien débattre”, s’exclame Sarah Hanrahan – représentante de l’université de Warwick – qui poursuit “ça nous a obligé à justifier pour chaque livre ce qui nous a plus ou moins plu”. “Dans mon groupe de lecture, on a par exemple énormément débattu sur “Soif” car il explore la question de la religion et de la bible et c’était un échange très intéressant”, raconte celle qui a réalisé un échange Erasmus à Grenoble l’année dernière.

Une fois leur classement établi, deux étudiant.e.s de chaque université se sont rendu.e.s à Londres pour défendre le choix entériné avec leurs camarades. Si tous n’ont pas eu gain de cause sur la délibération finale, les échanges ont visiblement été marqués d’une nette préférence pour le roman de Jean-Paul Dubois. “C’était plutôt consensuel mais ce qui était intéressant c’est que chaque université a trouvé des raisons différentes pour justifier son choix”, explique Alice Béja, attachée à la coopération scientifique et universitaire auprès de l’Ambassade de France au Royaume-Uni.

Permettre la diffusion de la littérature contemporaine

A en croire la responsable du projet, la portée du “choix Goncourt UK” constitue simultanément une expérience intellectuelle collective et individuelle. “L’idée était avant tout d’amener ces étudiants à lire des livres d’auteurs vers lesquels ils ne seraient pas allés naturellement car ils ne sont pas traduits ou alors pas forcément connus ni étudiés dans les cursus de français”, détaille Alice Béja qui a œuvré à mettre sur pied cette première édition. “D’autre part, l’intérêt était de faire se rencontrer ces étudiants et les amener à défendre leurs choix”, appuie-t-elle.

L’autre finalité sous-jacente à ce concours universitaire “est aussi de faire connaître ces quatre ouvrages au Royaume-Uni pour inciter les éditeurs britanniques à les traduire”, confie la Française pour qui la culture a la faculté singulière de dépasser les divisions. “Je pense qu’il faut continuer de cultiver les liens linguistiques et culturels qui ont le mérite d’échapper – pour une part – aux contraintes politiques”, conclut-elle.