Ces Français se sont vus refuser le settled status

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Crédit : site internet Politicsmeanspolitics.com

Si beaucoup ont compris que demander son settled status est le moyen le plus sûr de pouvoir protéger leurs droits après le Brexit, faut-il encore que le statut soit validé par le Home office. Certains Français, pourtant persuadés de réunir toutes les conditions requises, ont vu leur demande rejetée et n’ont pu obtenir qu’un pre-settled status, leur offrant bien moins de droits que le statut d’établi.

“C’est un système inhumain”. Ces mots, c’est Claude Bosi qui les a prononcés auprès du journaliste du Guardian. Le chef doublement étoilé, à la tête du restaurant Bidendum à Londres, n’en revient toujours pas après la réception du courrier du Home office vendredi 24 janvier, soit une semaine exactement avant le Brexit officiel. La lettre expliquait en substance que le ministère de l’Intérieur lui refusait sa demande. “J’ai ri en ouvrant la lettre. Je ne pouvais pas le croire. Mais je suis triste, j’aime vraiment la Grande-Bretagne. J’adore ce pays, j’aime la façon dont ils vous donnent une chance de réussir (…) Je suis ici depuis 23 ans, je paie des impôts, je paie la TVA, j’emploie 60 personnes, mais on me répond:  “désolé, nous ne voulons pas de vous””.

“J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait ne signifie rien pour eux”

Le problème est que Claude Bosi, qui vit au Royaume-Uni depuis 23 ans, a fait une demande non pas de settled status mais de résident permanent, statut qui n’existe plus depuis mars 2019. Le Français jure n’avoir jamais entendu parler de ce changement. “J’ai demandé la résidence permanente parce qu’un ami me l’a recommandé”, raconte-t-il au journal britannique (joint par nos soins pour plus de détails, le chef français n’a pas donné suite). Mais pour lui, le refus est bien réel. “Ils auraient pu vérifier. Si ce n’était pas la bonne chose à faire, quelqu’un aurait dû me le dire, d’autant que je me suis rendu directement au Home office pour qu’on me prenne en photo (pour le dossier, ndlr). Il jure que si cela s’était produit il y a deux ans, avant de prendre la tête de son restaurant de Londres, il aurait quitté le pays.

Il n’est pas le seul Français à avoir essuyé un refus du Home office. Richard Bertinet, boulanger réputé à Bath, a lui aussi reçu une fin de non-recevoir en août dernier. Un choc pour le Français, présent sur le sol britannique depuis plus de 30 ans. Il expliquait alors avoir eu le sentiment, avec cette histoire, de ne plus être le bienvenu. “J’ai passé plus de temps ici qu’en France”, rappelait-il à French Morning London, “quand je vois ce qui se passe, cela me rappelle ce que me racontait mon grand-père de ses souvenirs de la Seconde guerre mondiale. Ce sentiment de devoir justifier son identité, sa présence, ses origines”. Pire, il confiait avoir l’impression que ces trois décennies passées ici n’auraient presque pas existé aux yeux du gouvernement britannique. “J’ai ouvert une école de cuisine, où des jeunes du monde entier viennent, j’ai employé des dizaines de personnes. J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait ne signifie rien pour eux”.

A son histoire, s’ajoute celle de Fred Siriex. Le Français, star de la télévision anglaise et ancien gérant d’un restaurant Galvin at Windows au London Hilton on Park Lane, avait médiatisé son refus sur son compte Twitter en septembre. Le Home office lui avait demandé, après réception de sa demande de settled status, de prouver sa résidence continue au Royaume-Uni, alors qu’il y vit depuis 27 ans. 

Des refus non motivés

Devant la médiatisation de ces histoires, le ministère de l’Intérieur britannique a dû faire marche arrière et a d’ailleurs même pris contact avec les Français mis en cause pour résoudre leur situation. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. “J’ai fait ma demande de settled status et j’ai reçu en retour un pre-settled status”, raconte Antoine*. Cet expatrié, qui vit à Londres depuis près de 6 ans, n’a pas eu la même chance que ces “célèbres” compatriotes. Le Home office a conclu, il y a un mois, qu’il n’avait pas fourni assez de preuves pour que soit vérifiée sa résidence continue depuis 2014. “Franchement, je ne comprends pas, car j’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé de faire. Je ne pense pas m’être trompé, surtout qu’on ne m’a pas donné de raisons précises”, se désole Antoine, qui travaille en tant que consultant, soit sous le statut d’auto-entrepreneur. “Ce n’est vraiment pas juste, car j’ai toujours payé mes taxes, je contribue à l’économie de Londres d’une certaine manière, donc je ne vois pas pourquoi on me refuse ce statut”.

Si Antoine tient tant à ce settled status, c’est qu’il garantit plus de droits qu’un pre-settled status, qui n’est valable que pour 5 ans. Les personnes n’ayant obtenu que le statut de pré-établi ont donc également moins de liberté pour quitter le pays pendant de longues périodes, compliquant ainsi leur vie si elles ont besoin de travailler ou d’étudier à l’étranger. “Cela change considérablement la donne”, confirme le trentenaire. “Pour le moment, je vois ma vie ici, mais je peux devoir rentrer un jour en France pour des raisons diverses et ce, pour une longue période. Alors, je perdrai mes droits de revenir au Royaume-Uni comme avant le Brexit. C’est inconcevable pour moi”. Le jeune homme a donc fait appel de cette décision et attend le retour du Home office.

Sandrine* a vécu la même histoire qu’Antoine et a elle aussi contacté l’administration pour comprendre le refus. “Cela fait un peu plus de cinq ans que je vis à Londres et j’ai attendu ma date anniversaire pour faire la démarche pour être certaine d’obtenir le settled status”, confie la jeune femme. Persuadée qu’il n’y aurait aucun obstacle à sa demande, elle a été sous le choc quand elle a reçu le mail du ministère de l’Intérieur britannique, lui expliquant qu’elle n’avait le droit qu’au pre-settled status. “J’en suis tombée de ma chaise”, se souvient la Française.

Le pire, dit-elle, c’est qu’elle n’a pas eu non plus d’explications sur le pourquoi de ce rejet. C’est pour cela qu’elle a décidé de prendre contact avec les services de l’Etat. “Cela a été un vrai parcours du combattant pour avoir quelqu’un au bout du fil et d’expliquer enfin ma situation”, se désole Sandrine. L’administration lui a finalement répondu au bout de plusieurs jours et coups de téléphone. “En arrivant à Londres, je n’ai pas travaillé tout de suite, alors forcément je n’avais pas payé de taxes. Comme ils s’appuient beaucoup sur les impôts pour tracer votre présence, ils ont estimé que je n’étais présente sur le sol britannique qu’à partir du moment où j’étais enregistrée au HMRC (services des impôts, ndlr)”.

La Française a tenté de s’expliquer mais visiblement le Home office n’a pas été convaincu. “Je leur ai dit que j’allais leur envoyer mes relevés bancaires, mon contrat de location et tout autre document qui prouverait ma présence depuis octobre 2014, mais on m’a répondu qu’il valait mieux que j’attende la date anniversaire de mon premier job pour refaire une demande de settled status”, explique Sandrine. La jeune femme a décidé donc d’attendre avril pour relancer ses démarches, mais elle ne décolère pas. “Franchement, c’est devenu n’importe quoi. Non seulement, ils divisent les Européens en deux classes: ceux qui méritent le settled status et les autres qui doivent se contenter d’un pre-settled status, mais en plus on finit par ne plus se sentir les bienvenus. Le Brexit aura vraiment tout foutu en l’air, mais si l’idée était de nous dissuader de rester, c’est loupé !”.


*Selon le souhait des personnes, les prénoms ont été modifiés.