“On ne sait pas si on va pouvoir se revoir” : l’expatriation au temps du coronavirus

expatriation coronavirus
Crédit : Pixabay

Quand la crise du Covid-19 a commencé à balayer le monde, Marine B. a eu un sentiment que connaissent beaucoup d’immigrés : rejoindre sa famille. La jeune femme, qui vit à Londres depuis trois ans, a finalement pris son Eurostar lundi 16 mars dans l’après-midi. Elle a d’abord longuement hésité durant le week-end puis, sur les conseils de sa mère, a préféré rentrer, comme beaucoup d’autres Français du Royaume-Uni, sentant que le confinement des deux côtés de la Manche allait bientôt entrer en vigueur.

Dans la vie de tout expatrié(e), il est de ces moments où l’éloignement et la distance reviennent au galop. La crise du nouveau coronavirus en fait partie. Comme la mort d’un proche en France, la naissance d’une nièce ou d’un neveu ou encore le mariage d’un ami de l’autre côté de l’Atlantique, le virus a pour conséquence de renvoyer chaque immigré à sa décision d’avoir quitté son pays et sa famille voire la culpabilité qui peut en découler. “Cela entraine des remises en questions professionnelles. On ré-évalue le sens de notre propre vie“, explique le psychologue français de Los Angeles Marc Pistorio.

“Ne pas pouvoir être là pour ceux qu’on aime”

Le Covid-19 crée des difficultés physiques et psychologiques uniques pour les immigrés. Alors qu’il est facile de faire un aller-retour en France en temps normal, les restrictions sur les vols et les mesures de confinement compliquent les déplacements. Il en ressort un sentiment d’impuissance “terrible”, selon le psychologue. “On est confronté à l’incapacité de soutenir activement ceux qu’on aime. Ça nous renvoie à notre conception de la mort et sur le fait qu’on ne pourra pas être là pour les personnes qui vont mal“.

Coach et hypnothérapeute à Londres, Pia Granjon-Lecerf abonde. “Le Covid-19 ne change rien aux défis habituels de la distance. Par contre, on ne sait pas si on va pouvoir se revoir. Le syndrome de loyauté est mis à mal avec une intensité plus forte car une instance extérieure nous empêche de prendre l’avion. Aujourd’hui, les expatriés ont perdu le contrôle du lien avec les proches“.

La Française, qui a mis en ligne une série de vidéos sur la gestion du stress pendant le Covid-19, observe cette anxiété chez les mères expatriées qu’elle suit. “Elle est générée par le fait de ne pas avoir d’action directe sur la protection de leur enfant“. Selon l’experte, l’anxiété de “ne pas se revoir” peut donner lieu à des crises de panique et des comportements phobiques qui traduisent “une peur de la mort“. “Une phobie est une perte de contrôle totale. C’est quelque chose qui vient prendre le pas sur notre vie“.

Pour faire face aux défis de l’expatriation au temps du Covid-19, les experts recommandent de communiquer le plus possible avec ses proches en France, en gardant à l’esprit que de possibles différences dans le degré de confinement autorisé peuvent susciter des malentendus sur les réalités que chacun vit. “Il faut revenir à un agenda: s’assurer qu’on observe les dates symboliques, comme les anniversaires, se faire un calendrier de qui on va appeler et enclencher une rotation, suggère Marc Pistorio. C’est l’occasion de reprendre contact avec certaines personnes qu’on voyait de manière épisodique“.

La chose la plus importante, ajoute Pia Granjon Lecerf, c’est de prendre soin de soi-même pour être disponible pour les enfants ou les parents“.


Sur le même sujet: Posez vos questions lors de notre webinar : Bien-être et système immunitaire en confinement avec Sylvain Coulon et Marie Vieillard mardi 31 mars à 5pm. Inscriptions ici.