Un Français à la rescousse du plus grand parc d’attraction du Royaume-Uni et d’Europe

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Pierre-Yves Gerbeau serait-il l’homme providentiel ? Oui, en tout cas pour l’investisseur koweïtien qui souhaite ouvrir un grand parc d’attraction dans le Kent d’ici 2024 et dont la concertation publique vient de s’achever le 21 septembre dernier.

Le groupe Kuwaiti European Holding a en effet vu en l’entrepreneur français son sauveur, et l’a ainsi nommé chef exécutif du London Resort, dont le montant s’élève à près de 4 milliards de livres. Il faut dire que le CV du Français, qui a fait du sauvetage de grands projets dans le loisir sa spécialité, est impressionnant. A son actif, Disneyland Paris en 1991 mais aussi le Millenium Dome à Londres (connu sous le nom O2 Arena) en 2000.  

Ancien joueur de hockey devenu businessman

Pourtant rien ne le prédestinait à travailler dans le domaine. Cet ancien joueur de hockey professionnel et membre de l’équipe de France (dont il est aujourd’hui vice-président) dans les années 80 s’est reconverti en businessman après une blessure à la cheville, qui avait mis fin à sa carrière d’athlète de haut niveau. Philippe Bourguignon, alors vice-président d’Euro Disney, lui demande de venir rejoindre son équipe pour sauver le projet parisien qui prenait l’eau. “Je lui ai dit que je n’étais qu’un joueur de hockey sur glace dans un fauteuil roulant donc que je n’étais pas sûr de pouvoir l’aider, mais il m’a pris et il m’a même tout appris du métier”.

Pierre Yves Gerbeau CEO London Resort
Pierre-Yves Gerbeau, CEO London Resort

Au point que Pierre-Yves Gerbeau est rapidement nommé vice-président des opérations. Il sauve ainsi l’ouverture du parc avec une méthode bien à lui et qu’il appliquera à toutes ses autres interventions. “Je suis celui qui éteint les feux”, reconnaît le Français, “mon passif dans le sport m’a aidé à comprendre que la problématique des transformations des business en crise repose sur une seule chose : l’humain”. 

En effet, pour lui, avoir des moyens “financiers exceptionnels” ou encore avoir à disposition les nouvelles innovations, c’est bien, mais ce n’est rien sans faire adhérer les hommes et les femmes au projet. “Tout commence et finit avec l’humain”, martèle Pierre-Yves Gerbeau, “sans ça, on ne peut pas faire de miracle”. Le management est ainsi le moteur du succès de telles entreprises. “La plupart du temps quand vous entrez dans des entreprises en crise, tout le monde a peur de perdre son travail ou du prochain plan social, même si c’est moins flagrant dans les pays anglo-saxons qu’en France”, expose-t-il. 

La clé de sa réussite : remettre l’humain au centre du projet

Il est alors nécessaire de “réinstaurer un esprit commun”, et pour cela, même le chef doit montrer l’exemple. “Quand il pleut, il doit être sur le terrain. S’il y a des problèmes opérationnels, les bureaux doivent fermés et toutes les équipes travailler main dans la main sur place”. Il explique qu’à EuroDisney, il avait créé deux groupes : “les cons assis et les cons debout, les premiers devant travailler 10 jours par an pour être sur le terrain avec les seconds. Ce n’était pas pour les embêter mais pour leur rappeler que s’ils avaient été employés ce n’était pas pour être un génie du marketing ou un comptable exceptionnel mais pour rendre des gens heureux et faire face un jour ou l’autre au client final”. 

Cela lui a valu à l’époque une grève, “la CGC me disant que les cadres étaient payés pour être dans les bureaux et non sur le terrain, à vendre des tickets ou à ramasser les déjections des chevaux”. Peu importe, Pierre-Yves Gerbeau a réussi à convaincre que sa méthode était la bonne. Il l’a d’ailleurs mise en pratique lorsqu’il est venu “sauver” le Millenium Dome à Londres. “On avait des bureaux luxueux à Londres mais on s’est finalement installé dans des préfabriqués sur le terrain et qui fuyaient quand il pleuvait. Cependant, lorsqu’il y avait un coup de pression, on était tous sur place”. 

9 projets sauvés en 25 ans

People, product, business : ainsi se résume le triptyque gagnant pour Pierre-Yves Gerbeau. “Si un des trois ne fonctionne pas, alors c’est impossible de réussir”, confie celui qui a sauvé 9 projets en 25 ans. Son projet défi sera donc celui du London Resort. Lancé en 2012, ce “Disneyland britannique” a eu beaucoup de mal à avancer depuis. Jusqu’à l’arrivée du Français. 

Installé à Swanscombe, dans le Kent, ce parc d’attraction, grand de plus de 200 hectares et comptant parkings, centre de convention, water park, restaurants et hôtels, devait d’abord se faire en partenariat avec les studios de cinéma Paramount, qui se sont finalement rétractés avant de revenir dans les négociations. Le public pourra donc s’attendre à des attractions à thèmes liées à des films comme Star Trek, Mission Impossible, Le Roi Arthur“Notre accord principal aujourd’hui est avec eux, mais on aura aussi une collaboration avec la BBC, productrice de séries comme Doctor Who et Sherlock Holmes”, détaille Pierre-Yves Gerbeau, toujours à l’affût de nouveautés afin de donner envie aux futurs visiteurs. 

London Resort royaume-uni

Le projet est à peu près finalisé, ajoute le Français, mais il reste beaucoup à faire. “On est en train de regarder ce que l’on peut rajouter comme propriété intellectuelle en termes de gros studios, de marques ou d’activités”, explique-t-il, “comme on ouvre dans quatre ans, il ne faut pas qu’on soit dépassé. Ce ne sera pas un parc d’attraction à la Disney version 1992, c’est la nouvelle génération, donc il y aura beaucoup de gaming, on aura par exemple une salle de 2.500 places dédiée à l’e-sport, on est en train de négocier avec deux équipes qui pourraient être résidentes permanentes, on va aussi faire beaucoup de choses en stream”.

Un parc d’attraction nouvelle génération

Penser aux générations futures, c’est le challenge que s’est imposé Pierre-Yves Gerbeau. “Je pense à ma fille qui a 11 ans aujourd’hui et qui en aura 15 à l’ouverture. Elle ne se déplace pas sans sa tablette ou son téléphone, elle communique avec ses amis en jouant aux jeux vidéos. On doit donc s’adapter à ce nouveau type de clients afin de proposer quelque chose de fun et innovant tout en étant accessible à tout le monde”. Réalité virtuelle ou augmentée, attractions en collaboration avec la Nasa… Le London Resort devra refléter le présent dans le futur. 

Mais comment ne pas perdre l’autre clientèle, celle qui n’est pas de la génération 2000-2010? “Il y aura bien évidemment des roller coasters ou encore des shows mais avec des effets pyrotechniques novateurs, on va aussi s’inspirer d’autres parcs comme le Puy du Fou car on souhaite faire plaisir aux gens de 2 à 77 ans”, complète Pierre-Yves Gerbeau, ajoutant, “on ne va pas non plus tout réinventer, car non seulement les fonds sont privés et donc pas inépuisables mais aussi car les investisseurs attendent de la rentabilité”. 

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Dans un monde post-Covid et post-Brexit

L’équipe a donc prévu d’attendre jusqu’en 2022 pour lancer les travaux et signer les dernières technologies, pas seulement en termes d’attractions mais aussi pour gérer l’entrée du public. “Dans un mode post-Covid, on ne peut plus avoir des tourniquets. De toute façon, ce genre de queue comme si on était dans le métro me catastrophe. Il y a des technologies qui sont en train d’arriver et vont permettre aux visiteurs de ne plus s’arrêter, de ne plus être contrôlés en palpé mais grâce à des caméras”. 

La dernière consultation publique vient ainsi de s’achever et devrait être étudiée dans les prochaines semaines. Un planning devrait ensuite être soumis dès novembre, prenant en compte des projections sur les transports, l’impact sur l’environnement, les produits. “L’objectif est d’expliquer non seulement comment on va ouvrir en 2024 mais aussi tenir jusqu’à la maturité du parc, autrement dit jusqu’en 2044. Expliquer combien de voitures vont arriver 20 ans plus tard sur le site, c’est un peu compliqué, je le reconnais”, sourit le Français. Autres données à prendre en compte, celle d’un monde post-Brexit “où il sera peut-être plus difficile de recruter à l’extérieur du Royaume-Uni et d’importer des produits”,  mais aussi celle d’un monde post-Covid “qui aura laissé des traces”. “Compliqué d’avoir une vision globale à 20 ans, des plans stratégiques à 10 ans et des plans opérationnels à 5 ans. Aujourd’hui, on est davantage sur des plans respectivement à un an, six mois et une semaine”.

Qu’importe, les autorités devront ensuite plancher près d’un an pour passer au crible le dossier de London Resort, avant qu’il n’arrive sur le bureau du ministre des Communautés et du Développement qui aura 5 mois pour décider. Au premier coup de pioche, 4.000 emplois immédiats sont à la clé, selon Pierre-Yves Gerbeau. “En avril 2024, on table sur 8.700 personnes qui vont travailler de manière directe au resort. Il faut multiplier par deux ou trois pour les emplois indirects”, affirme le Français. Une bonne nouvelle surtout avec la crise économique qui plane dans le monde d’après-Covid… et peut-être même post-Brexit. Et si après l’ouverture en 2024, les choses se passent bien, un autre parc sera construit deux ans plus tard juste à côté.