Pierre Niney : “Choisir entre la comédie ou le drame ? C’est impossible”

Pierre Niney Londres

Ce n’est pas la première fois qu’il incarne une personnalité qui aura marqué les esprits français. Après s’être brillamment glissé dans les habits d’Yves Saint-Laurent, Pierre Niney a réussi à redonner vie au romancier Romain Gary dans l’adaptation cinématographique de l’ouvrage de l’écrivain, La Promesse de l’Aube. C’est ce film qu’il était venu présenter en avant-première britannique mercredi 3 octobre à l’Institut français du Royaume-Uni à Londres.

“Je suis toujours ravi de présenter un film”, lance de prime abord l’acteur français de 29 ans, “échanger sur des grands écrivains comme Romain Gary sont des choses importantes qu’il faut cultiver entre l’Angleterre, la France mais aussi l’Europe de manière générale”. Et puis, rappelle Pierre Niney, “pour Gary, l’Angleterre et Londres ont aussi une résonance particulière, on le voit dans le film. Le fait de venir à Londres pendant la guerre en tant qu’aviateur avec le Général De Gaulle a été quelque chose de très important dans sa vie et son parcours de héros”.

Incarner des mythes mais pas que

Dans La Promesse de l’Aube, l’acteur incarne magnifiquement l’auteur, même s’il reconnaît que ce fut un défi. “Mais la liberté, on l’a trouvée aussi en se disant qu’on faisions une adaptation d’un livre qui est déjà lui-même une adaptation de la réalité”, analyse Pierre Niney. Romain Gary aimait effectivement transformer, réécrire la réalité, l’embellir. “Il y a par exemple des choses réelles de sa vie qui ne sont pas mentionnées dans son livre, contrairement à des endroits où en réalité il n’a jamais été, ou encore un frère qui n’apparaît pas dans le livre mais qui a pourtant existé, un père inexistant dans le roman alors qu’il a connu son père. Tout ça a été fantasmé, donc on partait d’une autobiographie romancée. A notre tour, nous avons fait une adaptation de tout cela. Je ne jouais pas Romain Gary, mais une version de lui à travers le regard d’Eric Barbier, le réalisateur. On avait donc moins cette mission de ressemblance. Et cela offrait une liberté pour jouer un tel mythe”.

Incarner des grands personnages, Pierre Niney l’a déjà expérimenté notamment avec son rôle d’Yves Saint-Laurent. Le film éponyme, sorti en 2014 et réalisé par Jalil Lespert, lui a d’ailleurs valu le César du meilleur acteur l’année suivante. Mais pas question de lui coller l’étiquette d’acteur à biopics. “Ce qui me plaisait dans le rôle de Romain Gary, c’était de jouer avec Charlotte Gainsbourg et puis j’avais envie de participer à l’histoire très singulière de la vie complètement incroyable d’un homme, car malgré tout il y a beaucoup de choses qui sont vraies dans le livre”. Pour Pierre Niney, Romain Gary était “un Indiana Jones des temps modernes”. “C’est un des seuls à avoir écrit des chefs d’œuvre tout en bombardant les nazis. Il n’existe pas beaucoup de gens sur Terre qui ont fait ce genre de choses”.

Ce que l’acteur aime aussi c’est le hasard des propositions qu’il reçoit. “Quand je me dis que c’est une bonne histoire, j’y vais. Entre Yves Saint-Laurent et La Promesse de l’Aube, j’ai joué dans des comédies, des thrillers, des drames. Je ne tiens pas absolument à jouer des personnages qui ont existé, mais parfois il y a des histoires tellement belles qu’on a envie de les raconter”, résume-t-il. La pluralité et la possibilité d’explorer une palette de jeu infinie, voilà ce qui intéresse le jeune homme. “Je pense que dans le métier d’acteur, il n’y a pas de règles. Je suis un grand fan de Louis de Funès qui a travaillé son clown et ce personnage-là toute sa vie, et à côté de ça je suis fan de Matt Damon, qui passe de Jason Bourne à Ma vie avec Liberace et ce sont des choses qui me passionnent. Je me reconnais peut-être un peu plus dans le style d’acteur de ce dernier. C’est peut-être parce que j’ai fait du théâtre très tôt (à la Comédie-Française) et passer d’une tragédie et à une comédie n’est pas quelque chose d’étrange, j’ai toujours fait cela avec  plaisir. Et j’ai envie de le prolonger au cinéma”.

Tourner en anglais et se lancer dans la réalisation

Il est vrai que le public connaît Pierre Niney sous divers visages, grâce à des personnages variés. Mais quel est son rôle rêvé, lui qui n’a que 29 ans et déjà une belle carrière ? “Je ne sais pas trop, je n’ai pas d’idées figées en me disant : “Tiens j’aimerais jouer ce personnage historique”. Donc c’est un personnage que je ne connais pas encore et que j’espère qu’on va me proposer”. Par exemple, le prochain rôle qu’il tiendra sera celui d’un jeune sapeur-pompier de Paris, dans le film Sauver ou Périr qui sortira en novembre en France. “C’est toujours un peu mystérieux, on ne sait pas pourquoi les choses viennent. Ce rôle d’un pompier grand-brûlé est un rôle que je n’aurais jamais pu imaginer. Mais ce sont les trajectoires les plus magnifiques, parce qu’on ne les attend pas du tout. On ne sait pas ce qui est en train de germer dans la tête d’un scénariste ou d’un réalisateur en ce moment et c’est assez magique”.

Autre projet, celui pourquoi pas de tourner en anglais, lui qui maîtrise la langue de Shakespeare. “Il y a plein de réalisateurs étrangers qui m’attirent. J’ai déjà eu l’occasion de faire un film anglophone, Finding Altamira, mais qui n’est pas sorti en France. C’était avec Antonio Banderas et Golshifteh Farahani. Ce fut une superbe première expérience et j’aimerais en faire d’autres”. Pierre Niney confie qu’il échange sur des projets en ce sens, pas seulement cinématographiques mais aussi pour des séries. Mais le rêve hollywoodien, il en est revenu, raconte-t-il. “Evidemment, je serais très heureux d’avoir des beaux projets, mais en France, on a un cinéma tellement riche, divers et intéressant, et ce que l’on me propose aujourd’hui en France c’est magnifique”.

Aussi se verrait-il bien réalisateur. A son actif pour le moment, un court-métrage datant de 2013. “Là non plus je ne veux pas me limiter dans le genre de films que j’aimerais réaliser. Je voudrais faire autant de la comédie que du drame, ce qui n’est pas forcément simple de convaincre les gens qu’on peut faire les deux. Mais pour moi, choisir serait impossible”, conclut Pierre Niney.