Un Français, candidat aux élections locales de Londres, pourrait entrer dans l’Histoire

Bruno Diantantou élections londres

Bruno Diantantou est candidat pour les élections locales qui se déroulent jeudi 3 mai à Londres. Il a été choisi pour être la tête de liste du parti travailliste dans le quartier d’Earl’s Court, dans l’ouest de la capitale anglaise. “Si je suis élu, je deviendrais le premier Français à siéger dans un conseil municipal à Londres”, lance-t-il, plein de fierté. De quoi entrer dans l’histoire politique locale britannique.

Depuis octobre 2017, le candidat tape aux portes des habitants de ce quartier en partie français et qu’il connaît bien. “Je me suis installé à Earl’s Court en 1995”, confie Bruno Diantantou. Militant depuis son plus jeune âge, il a décidé de se lancer en politique il y a trois ans. C’est le leader du parti travailliste qui lui en a donné l’envie. “Je trouvais que Jeremy Corbyn avait du poids, qu’il n’avait jamais voulu jouer le jeu politicien habituel et qu’il était fait de réelles convictions”. Le Français se renseigne et s’inscrire au parti. “J’ai assisté à des réunions et j’ai beaucoup travaillé. Puis, les portes se sont rapidement ouvertes”.

Ancien militant des droits homosexuels en France

Bruno Diantantou pense que son profil singulier a beaucoup plus aux Travaillistes. “Ils ont vu en moi un Londonien avec sa caractéristique française. Ils ont compris que je pouvais apporter autre chose de part mon métissage, ma culture mais aussi mon homosexualité”. L’homme a en effet longtemps été un des chefs de file de la lutte pour les droits homosexuels en France.

Il a créé avec d’autres militants le GLH, groupe de libération homosexuelle, mais aussi la première gay pride à Paris ainsi que participé au lancement de Fréquence Gay (Radio FG). “Je suis métisse et j’ai donc une partie de ma famille de descendance africaine et l’autre de descendance française. La première était beaucoup impliquée dans la décolonisation et la seconde dans la Résistance. J’ai toujours baigné dans un discours de liberté, de libération. Le désir de justice social ne m’a pas été inculqué mais plutôt transmis via l’air ambiant familial”.

Après ses études, il décide de prendre son sac à dos et de voyager en Europe. En arrivant à Londres, il tombe sous le charme de cette ville “moins centralisée que Paris, et où on peut faire à peu près tout à condition de ne pas déranger les autres, où la tolérance était bien plus grande surtout par rapport au racisme et à l’homosexualité”. La France l’avait quelque peu “dégoûté”. “A l’époque, dans les années 70, le gouvernement de la droite dure avec Raymond Marcellin (ministre de l’Intérieur, NDLR) imposait des contrôles à la sortie des bus”, se souvient-il. Ce qu’il aime à Londres, c’est que la ville est organisée en quartiers, où on peut y vivre sans en sortir. “On peut disparaître dans Londres et en même temps faire partie de quelque chose”, résume Bruno Diantantou.

Un programme politique “social”

Dans la capitale anglaise, ce “touche-à-tout” reprend des études et devient auteur de livres sur la musicologie et la sémiologie, sous le nom de Bruno DeFlorence. Il rejoint aussi le monde du cinéma et de la vidéo expérimentale. Il organise des festivals de films homosexuels.

S’il est candidat pour ces élections du jeudi 3 mai, c’est justement pour redonner entre autres sa place à la communauté homosexuelle dans Earl’s Court. “Avant, c’était un quartier très “gay friendly” connu dans toute l’Europe, bien avant Soho. Mais tout a disparu avec le système de gentrification. Dans mon programme, avec mes deux co-listiers, on promet de garantir le soutien aux pubs et clubs homosexuels car c’est une économie touristique non négligeable, qui profitera à tous, surtout que le borough de Chelsea & Kensington qui est l’un des plus visités de Londres”.

Autre promesse, celle du maintien de la mixité sociale. “J’ai vu Earl’s Court s’embourgeoiser en repoussant les gens qui vivaient là depuis 50 ans vers l’extérieur à cause de la construction d’immeubles de luxe”. Bruno Diantantou en appelle aussi à tous les citoyens européens pour ces élections. “Ce sera l’occasion de changer les choses, ce vote est important surtout dans le contexte du Brexit. D’ailleurs, nous nous engageons, si nous sommes élus, à mettre en place un bureau pour les affaires des citoyens européens afin de les aider dans leurs démarches d’obtention de documents et, si nécessaire, à poursuivre en justice toute tentative du gouvernement contre eux, par exemple si on leur refuse la résidence permanente. C’est notre manière de nous battre avec des armes dites démocratiques contre ce Brexit”.