La ministre des Affaires européennes peine à rassurer la communauté française du Royaume-Uni

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Pari à moitié réussi pour la ministre des Affaires européennes. Alors que l’objectif de son déplacement à Londres jeudi 13 septembre, était de rassurer la communauté française du Royaume-Uni sur son avenir après le Brexit, Nathalie Loiseau n’a pas totalement convaincu son audience.

A la sortie de la séance de questions-réponses avec un public choisi venu la rencontrer à l’Institut français à South Kensington, certains étaient dubitatifs. “Je crois que nous sommes plus inquiets après l’avoir écoutée qu’avant”, explique un couple de Français, “elle ne nous a pas convaincus, on a bien compris que rien n’avait été signé donc rien n’était sûr”. Une autre Française, elle, dit qu’elle n’a pas cru un mot de la ministre. “C’est de la politique tout simplement. Elle est dans son rôle, c’est normal. Mais nous, qu’est-ce qu’on doit faire ? On nous dit de ne pas nous inquiéter mais c’est nous qui vivons ici. L’accord doit être signé normalement d’ici deux mois, le Royaume-Uni sort de l’Union européenne dans six mois et on a l’impression que rien n’est fait pour nous”.

“Il y a encore beaucoup d’incertitudes”

Il faut reconnaître que lors du discours de la ministre, avant qu’elle ne réponde aux questions – certes peu nombreuses peut-être par timidité de la part de l’audience -, rien de nouveau a été annoncé. Pourtant, comme l’a souligné l’Ambassadeur, Jean-Pierre Jouyet, Nathalie Loiseau était très attendue à Londres. “Le Brexit est un sujet de préoccupation permanent”, a-t-il lancé, “il y a encore beaucoup d’incertitudes”. “Je souhaitais venir depuis un bon moment, mais là nous sommes dans un moment particulier de l’Histoire entre la relation entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne”, a répondu la ministre.

Si cette dernière a d’abord brossé son audience dans le sens du poil en considérant la communauté française du Royaume-Uni comme “l’une des plus dynamiques”, elle n’a apporté que peu de réponses sur les avancées des négociations toujours en cours entre l’Union européenne et le pays.

Nathalie Loiseau a d’abord surtout parlé de généralités, rappelant que le Brexit était l’unique choix des Britanniques, c’est pourquoi “on doit veiller à ce qu’il ne se fasse pas ni au détriment de l’Union européenne qui ne l’a pas décidé, ni à vos dépens vous qui ne l’avez pas voulu”. Pendant une demi-heure, la membre du gouvernement a redéroulé ce qui était déjà connu, à savoir qu’il n’était “pas possible d’être mieux dehors que dedans, donc quand on sort du club, il ne peut y avoir de “win-win solution”. Notre future relation avec le Royaume-Uni sera toujours étroite, mais un peu moins qu’avant, l’honnêteté et la franchise m’obligent à le dire”.

Il aura donc fallu attendre plusieurs minutes de ce discours, avant que le sujet principal qui préoccupe la communauté française ne soit abordé : l’avenir de leurs droits en tant que résidents au Royaume-Uni. “C’est un sujet important”, a juré la ministre. Nathalie Loiseau a promis que “vos droits au séjour, au travail, aux soins de santé et à la retraite seront protégés. Nous resterons vigilants et regarderons de près les procédures adoptées. Nous serons vos avocats pour que ces procédures soient aussi souples, simples et peu coûteuses que l’a promis le Royaume-Uni”.

La ministre a expliqué que Dominic Raab lui avait encore assuré lors de leur rencontre qu’il avait été “sensible” au maintien de ces droits. “Je ne cesserai pas de lui en parler” s’il le faut, a ajouté l’ancienne diplomate, et particulièrement pour protéger “les liens familiaux”. “D’ailleurs, Michel Barnier (négociateur pour l’Union européenne, NDLR) reste vigilant sur tous ces aspects”.

Un accord juridique prévu, selon la ministre

Avant de laisser le micro au public, la ministre a tenu à aborder la possibilité d’un non accord avant la fin octobre voire la fin novembre, potentielle nouvelle date butoir pour la signature d’un cadre définissant les futures relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. “Un no-deal n’est pas une hypothèse à exclure même si on ne le souhaite pas. Une sortie sans accord serait coûteuse pour les deux parties. On cherche donc à l’éviter mais il faut se tenir prêt malgré tout”. Qu’aviendra-t-il des droits des citoyens européens dans ce cas ? “Dominic Raab me l’a encore répété ce matin, les droits seront maintenus, une notice va prochainement sortir sur le sujet”.

Bref rien de concret, comme l’a souligné une personne du public, lors des échanges avec la ministre. Cette militante du mouvement The 3 Million, qui se bat depuis le lendemain du référendum pour le maintien des droits des ressortissants de l’UE vivant dans le pays, a questionné Nathalie Loiseau sur le manque de cadre légal et contraignant sur le sujet, rappelant que de nombreux Français par exemple quittaient le territoire britannique par peur des conséquences du Brexit sur leur famille. “Si certains sont partis, d’autres sont arrivés et arrivent encore”, a répondu Nathalie Loiseau, “le “settle status” ne sera pas le chaos comme vous le dites. S’il n’y a pas d’accord, on veut aboutir à une situation favorable malgré tout aux Européens. D’une manière ou d’une autre, il y aura un accord juridique sur le sujet, il n’y aura aucune situation de non-droits pour les citoyens européens”.

Autre question, celle d’un jeune du lycée français Charles de Gaulle sur le futur statut et conditions d’accès aux universités après le Brexit. “Le changement de situation sera garanti”, a assuré la ministre, “tout sera négocié dans le cadre de l’accord”.

Rien de nouveau sous le soleil en somme et rien pour rassurer complètement la communauté française, qui est restée un peu sur sa faim après cette rencontre, qui cependant signe le retour de la diplomatie européenne sur le sol britannique – un peu cocasse, alors que le pays va sortir dans quelques moins du bloc. “Cela faisait quatre ans qu’un ministre des Affaires européennes n’était pas venu au Royaume-Uni”, avait d’ailleurs avancé l’Ambassadeur, Jean-Pierre Jouyet, lors de sa prise de parole. Reste pour la communauté française à employer l’expression favorite des Britanniques : le fameux “wait and see”.