Hervé Morin : “Une trentaine d’entreprises britanniques veulent s’installer en Normandie”

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Hervé Morin (deuxième en partant de la gauche) a été reçu à l'Ambassade de France mercredi 21 novembre.

En venant à Londres, Hervé Morin, le président de la région Normandie avait deux casquettes: VIP de sa région, auprès des entreprises tentées de fuir le Royaume-Uni pour cause de Brexit, mais aussi responsable de ports importants, potentiellement affectés par le même Brexit. Après deux jours dans la capitale anglaise, Hervé Morin a fait le bilan, mi-figue mi-pomme… 

Sur le premier plan, Hervé Morin était plutôt satisfait, a-t-il raconté après ces deux jours sur place. “Un accord vient d’être passé avec une société basée à Edimbourg, pour la création d’une joint venture (partenariat financier, ndlr) pour permettre à la Normandie de développer un projet d’éoliennes”. Mieux, le président de la région normande s’est félicité que sa campagne promotionnelle de mars dernier ait déclenché un réel intérêt de la part des entreprises britanniques pour venir s’installer de l’autre côté de la Manche. “Une trentaine s’est manifestée, cinq ont décidé de venir et une est déjà opérationnelle”, a-t-il détaillé. Maigre bilan tout de même, non? “Cela prend du temps, car il y a beaucoup d’incertitudes qui entourent le Brexit”, s’est-il alors défendu.

Avec son équipe régionale, Hervé Morin a créé un “welcome package” avec “à la fois une zone franche spéciale” – qui se traduit par l’application de taux d’impôts locaux faibles -, “des conditions d’accueil des familles, de logements, de scolarisation”. L’élu a continué en expliquant qu’il avait ainsi mis en place “une petite équipe” qui a pour but de faciliter la vie aux entreprises.

Pagaille en perspective

Mais le Brexit n’est pas seulement une aubaine économique pour Hervé Morin, c’est aussi un caillou dans la chaussure. Car la sortie des Britanniques de l’Union européenne risque de créer la pagaille dans les ports normands. “Caen accueille un million de passagers venant du Royaume-Uni, Cherbourg 550 000 dont la moitié en provenance d’Irlande, et Dieppe 400 000, tout cela sans compter les passagers à l’arrêt au port du Havre, où on en dénombre 300 000. Côté poids lourds, 100 000 passent par Caen, 50 à 60 000 par Cherbourg et 10 à 12 000 par Dieppe. On sait aujourd’hui que 40% d’entre eux devront être soumis à des contrôles vétérinaires et phytosanitaires à partir du 30 mars 2019. Pire, on vient de découvrir que les chauffeurs français, en cas de Brexit dur, ne pourront pas avoir accès aux routes britanniques. Alors comment on anticipe tout cela ?”, a questionné le président de la région Normandie.

Le problème est que les infrastructures existantes ne peuvent pas accueillir ces nouveaux contrôles. “On n’a pas l’espace géographique qui nous faciliterait des extensions. Il faudra donc que l’on bâtisse des modèles pour ne pas freiner les rotations des poids lourds et des bateaux”, a expliqué Hervé Morin. Gestion des flux, zones de transit, parkings, opérations de dédouanement en dehors des ports actuellement sous-dimensionnés… Construire de nouvelles infrastructures, a-t-il déclaré, ce serait “un engagement de plusieurs dizaines de millions d’euros” et puis l’incertitude régnant sur l’accord futur entre l’Union européenne et le Royaume-Uni brouille la vision à long terme de tels investissements financiers. Bref, ce n’est pas la panacée.

Commencer à dialoguer avec les acteurs portuaires est donc une manière d’anticiper les différents scénarios possibles. “Les discussions sont intéressantes. On a décidé de se retrouver en janvier où l’horizon sera plus éclairci. On avance petit à petit mais après le 21 janvier, il faudra que l’on bâtisse des vraies solutions, même provisoires nous évitant ainsi une thrombose totale au 30 mars 2019”