Annuler le Brexit ? C’est possible, mais peu probable

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Crédit : Flickr / Megan Trace

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe politique au Royaume-Uni : saisi par des élus écossais, Campos Sánchez-Bordona, avocat général à la Cour de justice européenne (CJUE), a déclaré mardi 4 décembre qu’il serait possible pour le  Royaume-Uni de révoquer sa notification de sortie faite conformément à l’Article 50 du traité de Lisbonne – et donc d’annuler le Brexit -, sans avoir à obtenir l’autorisation de tous les autres États membres de l’UE.

Une déclaration qui va à l’encontre de l’affirmation du gouvernement britannique, qui avait expliqué que cette option n’était qu’hypothétique. Mais est-ce pour autant faisable ? Pour Michael Vincent, Français qui a vécu pendant 7 ans à Londres et qui travaille aujourd’hui à Bruxelles sur les questions de politiques européennes, bloquer le Brexit est techniquement possible mais politiquement peu probable. “Le rapport de force actuel n’est clairement pas en faveur de Theresa May, car elle n’a finalement pas de majorité derrière elle”, analyse l’expert, mais cela ne signifie pas que les parlementaires, invités à voter mardi 11 décembre sur l’accord finalisé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, ne sont pas prêts à annuler le Brexit.

Un désaccord politique sur toutes les options

En fait, pour Michael Vincent, le problème réside sur le fait qu’il n’existe aucune majorité claire sur toutes les options envisageables actuellement : ni sur celle d’un retour en arrière, ni sur celle d’un départ ou encore moins sur l’accord en lui-même. “Le désaccord politique est vraiment à tous les niveaux”, résume l’expert des questions européennes. Et quand bien même il serait possible de revenir en arrière, certaines questions se posent. “Cette décision serait-elle bien accueillie par les 27? Comment regagner la confiance du bloc européen avec tout ce qui s’est passé depuis juin 2016? Ce sont des éléments compliqués qui dépassent le simple cadre juridique”, affirme Michael Vincent.

Le Français pense qu’un changement de majorité serait plus plausible qu’un retour en arrière, et même positif pour les Britanniques, qui, selon lui, n’en peuvent plus de la politique d’austérité et du manque d’investissement public initiés par les Tories. Mais reste à savoir si cela changerait quelque chose au Brexit. “Même si Jeremy Corbyn (du parti travailliste, ndlr) était élu comme nouveau Premier ministre, il lui serait bien difficile de reprendre les choses en main en si peu de temps”. La sortie étant programmée officiellement au 29 mars 2019.

Ce qui est encore plus grave dans la situation actuelle, c’est qu’il n’existe aujourd’hui aucune alternative politique crédible ni même d’autre option même un nouveau référendum sur l’accord en lui-même, comme demandé par le collectif People’s Vote ou certains parlementaires. “Si le gouvernement britannique décide finalement de l’organiser, il faudra alors proposer de vrais débats en incluant la population pour que cette dernière puisse être bien informée avant de voter. Il ne faut pas oublier que le Brexit a été la résultante de jeux politiques sur les ressentiments du peuple contre l’Europe, de peurs notamment concernant l’immigration, de mensonges ou encore de manipulations”, expose Michael Vincent.