Brexit : un rejet historique mais rien n’est encore joué

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Crédit : Flickr / UK Parliament

C’est une défaite historique, selon les médias britanniques. Jamais un gouvernement du Royaume-Uni n’avait dû faire face à un tel rejet. Mardi 15 janvier, les parlementaires britanniques devaient s’exprimer sur l’accord du Brexit négocié entre Theresa May et l’Union européenne et validé par les deux parties en novembre dernier. Et deux tiers ont dit non.

C’était couru d’avance après ces dernières semaines tendues, mais le résultat a été au-delà de tous les pronostics : 402 votes contre et 202 pour. Une sacrée claque pour la Première ministre britannique, qui croyait peut-être encore à un miracle. L’affront est d’autant plus sévère que 118 de ces opposants appartiennent à sa majorité conservatrice.

A l’extérieur, toute la journée, des milliers de personnes s’étaient rassemblées, soit pour rappeler que “Leave means leave” et d’autres pour un appel à un vote du peuple sur l’accord. Ces derniers ont fait exploser leur joie au moment où les résultats ont été révélés.

Après l’annonce de cette défaite, les dirigeants européens ont averti qu’un Brexit sans accord se profilerait. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a même laissé entendre qu’un deuxième référendum pourrait désormais être la meilleure option, selon The Times. Cela dit, les membres de l’Union européenne sont prêts à rouvrir “tous les dossiers” de l’accord sur le Brexit, d’ailleurs Theresa May devrait se rendre à Bruxelles sous les 48 heures pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être.

Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Car rien n’est encore joué, bien que le chef de file des travaillistes Jeremy Corbyn ait lancé une motion de défiance envers le gouvernement actuel, qui sera débattue toute la journée du mercredi 16 janvier au Parlement. La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a demandé de son côté la suspension de l’Article 50 et l’organisation d’un second référendum. Boris Johnson, ancien ministre des Affaires étrangères et fervent soutien d’un Brexit dur, a déclaré que “l’accord était mort”. “Il est évident qu’il était pour le Royaume-Uni”, a-t-il lâché à la BBC, mais sans rien proposer en retour.

Theresa May a trois jours pour revenir devant les élus et leur présenter son plan B, selon l’amendement qui a été voté mercredi 9 janvier dernier, au lieu des 21 jours qui sont normalement envisagés. Elle a été pressée pendant toute la soirée de donner des explications rapidement. Des patrons, comme celui d’Eurotunnel, de la chambre de commerce britannique ou encore de l’agence alimentaire lui ont fait savoir par voie de communiqué qu’ils attendaient des réponses et surtout des alternatives.

Parmi les scénarios possibles, si la motion de confiance est acceptée mercredi 16 janvier, il restera 14 jours à Theresa May, qui pourrait aussi démissionner, pour essayer de former un nouveau gouvernement.  Si cela ne lui est pas possible, alors des élections générales seraient organisées. Mais si cette hypothèse se réalise, il faudrait entre cinq et six semaines pour lancer le processus, sachant qu’il reste un peu plus de 70 jours avant la date de la sortie officielle du Royaume-Uni, à savoir le 29 mars prochain. La Grande-Bretagne pourrait alors peut-être obtenir la permission de l’Union européenne d’étendre l’article 50 pour officialiser un Brexit en juillet.

Si Theresa May est maintenue à son poste, comme ce fut le cas en décembre dernier, il est probable qu’elle retourne à Bruxelles pour voir quels ajustements pourraient être apportés pour rendre l’accord plus acceptable. Car une sortie sans accord n’est pas dans l’intérêt de l’Union européenne, mais on peut se demander quelles seraient ses marges de manœuvres puisque le président français, Emmanuel Macron, est un des leaders qui ne souhaite aucune renégociation sur l’accord validé en novembre.