Le Lycée Charles de Gaulle obligé de revoir sa copie à cause du Brexit

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Didier Devilard, proviseur du lycée Charle de Gaulle à Londres (Photo : Alexandra Roche)

Didier Devilard a officiellement pris ses fonctions en septembre dernier. Le nouveau proviseur du Lycée Charles de Gaulle, l’établissement français le plus ancien de Londres, – qui inclut trois écoles satellites (l’école primaire André Malraux, l’école primaire Marie d’Orliac et l’école primaire de Wix) – savait qu’en reprenant les rênes de l’établissement le défi serait grand : gérer l’après-Brexit. Pas de quoi faire peur à l’ancien professeur d’éducation physique et sportive, dont la carrière l’a amené à gérer deux missions en Afrique (au Burkina Faso et au Sénégal) avant de prendre la tête du lycée international Victor Hugo de Colomiers, près de Toulouse puis de se délocaliser dans la capitale anglaise.

Près de 3.600 élèves sont inscrits au sein des différents établissements, réunis sous l’égide du lycée centenaire, soit 500 de moins que les quatre dernières années précédentes, la baisse ayant été constatée sur les listes d’attente suite aux résultats du référendum sur le Brexit en 2016. Alors certes, comme le dit le proviseur, “on a retrouvé de la fluidité et de l’espace, avec une pression moindre sur certains services comme la cantine”, mais il n’empêche cette baisse de fréquentation n’avait pas été envisagée aussi rapidement. Entre 2008 et 2012, de nouveaux établissements avaient été créés pour justement désengorger le Lycée Charles de Gaulle, qui avait atteint “son point de limite” avec 4.100 inscrits. Ainsi, le Lycée international Winston Churchill ou encore le Collège Français Bilingue de Londres étaient sortis de terre pour accueillir les élèves. “La baisse du nombre d’inscriptions auraient dû être lissée sur plusieurs années”, souligne Didier Devilard, mais finalement elle est intervenue plus vite que prévu.

S’adresser à de nouveaux profils de familles

“A ce jour, les demandes affluent toujours”, nuance le proviseur avant de compléter, “il y en a moins que l’an dernier, avec une baisse entre 2 et 3%, mais est-ce que cela est directement lié aux Brexit ou est-ce simplement conjoncturel ? Nous ne le savons pas. Des familles nous disent qu’elles seront là à la rentrée prochaine”. A l’heure actuelle, 130 places sont à nouveau disponibles au sein du Lycée Charles de Gaulle. Mais pendant des années, l’établissement a dû refuser de nouvelles entrées, ce qui a créé une certaine frustration de la part de familles, qui se sont reportées sur d’autres écoles. Ces dernières ayant fait leurs preuves ont donc atteint un très bon niveau de réputation. Alors le Brexit aurait-il créé une concurrence entre ces établissements scolaires français ? “Non”, promet Didier Devilard, “nous sommes tous sous l’égide de l’Ambassade de France avec qui on a conclu un plan école permettant de fonctionner ensemble” et donc de ne pas être en concurrence. “On a des intérêts communs”, assure le proviseur, “on se parle, on échange lors de notre assemblée générale”. Etre complémentaires plutôt qu’adversaires, voilà l’objectif.

Le Lycée Charles de Gaulle va quand même tenter de jouer sa carte pour attirer de nouvelles familles au sein de son établissement, en s’adressant par exemple à un nouveau public, comme les familles franco-britanniques, britanniques ou de pays tiers éventuellement intéressées par “un enseignement français et une culture internationale” avec un coût moindre que les écoles britanniques grâce à une gestion maîtrisée du budget. Si l’optimisme se veut prédominant pour le proviseur, les inquiétudes quant au dénouement de ce Brexit sont réelles. “On doit faire face à différents scénarios”, constate Didier Devilard, “on ne s’attend pas à une chute des inscriptions violente et percutante, on n’a pas de difficulté de gestion du personnel, qui sera redéployé en interne si nécessaire, mais ce qui est certain, c’est que les départs en retraite n’ont pas été remplacés et qu’on recrutera peu l’an prochain”. Maintenant il faut attendre, mais Didier Devilard se dit prêt.