“C’était une grande surprise quand j’ai appris la nouvelle”, lance Patricia Connell, qui ne s’attendait donc pas à être promue au rang de chevalier de la Légion d’honneur. C’est Marie-José Clayton, présidente de l’Association des membres de l’Ordre national du Mérite pour le Royaume-Uni et de Guy Audibert de l’Association des Anciens Combattants en Grande-Bretagne, qui ont proposé le nom de la Française, décorée jeudi 3 avril à la Résidence de France. Un moment plein d’émotions pour celle qui rejoint le cercle très fermé des récipendiaires de cette médaille de ce côté de la Manche.
Cette Légion d’honneur vient récompenser des années d’investissement auprès de la communauté française de Londres, et plus largement du Royaume-Uni. Patricia Connell est arrivée dans la capitale britannique il y a 44 ans. A l’époque, elle avait 20 ans et décidait de suivre son mari britannique qui devait finir ses études en Angleterre. “J’en ai profité pour également finir les miennes”, se souvient celle qui entamera une riche et longue carrière dans le marketing. Si le couple avait prévu de rester trois ans seulement, il finira par s’établir sur le sol britannique.
Très immergée dans la culture anglaise à la fois dans sa vie personnelle mais aussi professionnelle, Patricia Connell se reconnecte, dit-elle, avec ses racines françaises après la naissance de ses trois enfants. “J’avais eu cette envie de leur passer mon amour de la France, mais aussi son héritage culturel et linguistique”. Outre les avoir inscrits dans des écoles françaises, elle décide donc de lancer en 1998 un site France in London, pour faire le pont entre les deux pays en recensant toutes les informations à destination de la communauté française dans la capitale. S’ensuivra ensuite l’ouverture de France to your door, qui permet entre autres d’acheter des produits français.
Devant l’engouement de ces deux premières initiatives, Patricia Connell veut aller plus loin et crée le London Favorite French Film, un festival cinématographique durant lequel le public pouvait désigner les meilleures œuvres de l’année. Elle lance ensuite French Fairs, organise des marchés de noëls mais aussi un “Village français” pour le Tour de France de passage à Londres, ainsi que le 14 juillet à Kensington Gardens et au lycée français de Londres… Des rendez-vous festifs mais pas seulement, puisqu’elle mettra sur pied, en 2018, l’événement “Shoud I stay or should I go?”, suite au référendum sur le Brexit, où différents intervenants étaient présents pour répondre aux questions des ressortissants européens sur les conséquences du choix des Britanniques.
Lors de la pandémie, Patricia Connell s’est aussi beaucoup investie avec la mise en place d’une plateforme d’entraide. “Ce sont dans ces moments-là qu’on s’aperçoit, en tant qu’élue, de la dimension de ce qu’on peut faire pour aider la population et la communauté française”. Car, en plus de son temps pour organiser des événements, la Française s’est lancée en politique. C’est Olivier Cadic qui l’avait approchée pour être sur sa liste pour les élections sénatoriales de 2014. “Je lui ai dit oui, à la condition que je ne sois pas en position éligible”. Elle se retrouve donc à la dixième place. La liste remporte le vote avec neuf élus désignés, dont Patricia Connell.
La Française, devenue déléguée consulaire, s’implique dans ce mandat, organisant, juste avant le référendum sur le Brexit, des tournées un peu partout au Royaume-Uni sur les potentielles conséquences du “Leave”. C’est même lors d’une de ces tournées que le mouvement de défense des droits des citoyens européens, The 3Million, va naître. Patricia Connell va aussi aider à lancer des associations comme The People’s Vote, créée après la conférence “Shoud I stay or shoud I go?”.
Aujourd’hui, Patricia Connell poursuit sa carrière en politique, elle qui a été élue conseillère des Français de l’étranger en 2021 et siégeant au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger. Elle a aussi pris la tête de conseil consulaire l’an dernier.
C’est donc un long parcours que vient récompenser cette Légion d’honneur. “C’est un grand honneur”, répète Patricia Connell, “mais je sais très bien que cela récompense un travail collectif. Parce que c’est le fruit de l’effort de beaucoup de gens qui ont cru en moi et travaillé avec moi”. Aussi, lors de son discours à la Résidence de France, la Française a souhaité souligner l’importance du soutien de sa famille, que ce soit ses parents, son époux ou ses trois enfants.
Et même après toutes ces années, la sexagénaire espère encore servir la communauté française, bien qu’elle ne redoute pas le moment où elle devra transmettre le flambeau. Reste qu’elle continuera à s’investir, “peut-être dans des associations” mais pas seulement celle venant en aide aux Français. “J’adorerais travailler avec les jeunes sur le sujet de l’insertion par l’éducation. Et pourquoi pas également aider les personnes âgées vulnérables”.