Si Londres est la capitale de l’Angleterre, elle l’est aussi pour la Grande-Bretagne et le Royaume-Uni. Bien que ces distinctions puissent sembler complexes, elles sont en réalité assez simples à comprendre. La Grande-Bretagne désigne géographiquement l’île principale regroupant l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles et possède un statut de “royaume”. En revanche, le Royaume-Uni englobe la Grande-Bretagne et de l’Irlande du Nord. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il est quant à lui un “État souverain” à part entière. Si cette distinction est claire, une question demeure : d’où vient le terme “Grande-Bretagne” ?
« Il est difficile de retracer avec précision tout l’histoire de l’expression ‘Grande-Bretagne’ », confie Alban Gautier, professeur d’histoire du Moyen-Âge à l’université de Caen Normandie, spécialisé sur les îles britanniques. Néanmoins, l’utilisation première du mot « Bretagne », est quand à elle, sûre. Dans l’Antiquité, le mot grec « britannia », dit aussi « Bretagne », désigne exclusivement l’île de Grande-Bretagne actuelle. Les habitants sont, eux, les « Britons » ou « Bretons ».
Le sens du mot Britannia n’est pas certain et est encore très discuté. Il apparaît probablement vers le IIIe siècle avant notre ère, en grec comme « pretannia » pour évolué en « britannia » en latin. Cependant, ce ne sont pas les Grecs qui ont inventé ce mot, ils l’ont appris en voyageant. « Nous pensons que le mot est celtique et pourrait désigné ‘le pays des gens qui sont colorés par des tentures ou encore des tatouages’ », explique le professeur en précisant que ces hyptohèses sont avancées par les spécialistes de langues celtiques et de grec.
Par conséquent, de l’époque de Jules César jusqu’à la fin de l’Empire Romain, il n’y a aucun doute que la « Bretagne » désigne la Grande-Bretagne actuelle. Pour la région Bretagne actuelle en France, elle n’était absolument pas délimitée de la même manière et une partie côtière de l’ouest de la Gaule portait le nom de « Armorique», là où les habitants étaient des « Gaulois ».
« Tout se complique au VIe siècle. Avec la fin de l’Empire Romain, la période de 400 à 600 ne donnera pratiquement aucun textes ou données archéologiques précisant les noms attribués aux différents territoires », explique Alban Gautier. À la fin du VIe siècle, des textes prétendaient que des Bretons (de Grande-Bretagne), se trouvaient dans l’ouest de la Gaule. Au cours des siècles suivants, les textes stipuleront toujours cette présence et la région commence petit à petit à se faire appeler « britannia ». Seulement, la raison de cette migration et l’officialisation de cette dénomination ne sont qu’à l’état d’hypothèses encore aujourd’hui.
L’explication la plus courante serait qu’il y ait eu des migrations de Bretons dans la péninsule armoricaine et qu’elles aient donc transformé le pays en y apportant une langue différente. « D’ailleurs, lorsque l’on s’y intéresse de plus près, la langue bretonne est plus proche du gallois ou du cornique que du gaulois », souligne le professeur. En plus de la langue, ces mouvements de populations ont transformé la culture et le mode de vie des habitants de l’ouest de la Gaule.
Puis, à un « moment difficile à dire », les populations ressemblaient tellement à celles de l’île d’en face qu’elles se sont fait appelées « Bretons ». Concernant l’estimation de cette migration, Alban Gautier explique que les scientifiques ne sont pas parvenus à un chiffre exact. Celle-ci pourrait aller de 1% à 20% de la population de Bretons de Grande-Bretagne ce qui, évidemment, « n’aurait pas la même signification historique ».
Progressivement, deux endroits différents se retrouvent donc à être appelés « Bretagne ». Au IXe siècle, un Royaume de Bretagne apparaît dans l’Armorique qui se transforme au Xe siècle en un « duché de Bretagne ». C’est donc la première fois qu’une entité politique s’appelle de cette manière car sur l’île d’en face, le nom était donné mais aucun État ne s’appelait officiellement « Bretagne ». « À partir de ce moment-là, il y a de plus en plus de risques de confusion car les textes antiques mentionnent la « Bretagne » comme l’île mais les textes médiévaux utilisent, eux, le mot pour décrire la péninsule gauloise », explique Alban Gautier.
C’est pourquoi à partir de l’an 1000, les Bretons de Gaule parlent de « grande Bretagne » et de « petite Bretagne ». Cependant cette distinction n’est pas systématique et n’est pas beaucoup développée de l’autre côté de la Manche. Conséquence : la mention du mot « Bretagne » durant tout le Moyen-Âge ne sera pas claire. Seuls les contextes entourant leur mention permettront d’identifier de quelle « Bretagne » les auteurs parlents.
De plus, les « deux » Bretagne ne désignent plus du tout la même chose. « D’un côté, il y a l’entité politique avec le duché de Bretagne qui dure jusqu’au XVIe siècle et qui est semi-indépendant doté d’une forte autonomie, alors que de l’autre, la Bretagne est purement une expression géographique pour désigner l’île ».
Finalement, le nom « Grande-Bretagne » apparaît officiellement avec les actes d’Union en 1707 lorsque le royaume d’Angleterre et le royaume d’Écosse fusionnent. Ils avaient depuis des années le même roi ou la même reine mais étaient pour autant totalement distincts. Les deux entités disparaissent finalement et donnent place au « Royaume de Grande-Bretagne », composé d’un seul parlement. « C’est à ce moment-là que la Grande-Bretagne devient le nom d’une entité politique, d’un pays et n’est plus seulement une expression géographique sur l’île britannique», explique Alban Gautier.
Ce royaume dure plus d’un siècle jusqu’aux actes d’Union de 1800 qui font fusionner le royaume de Grande-Bretagne et le royaume d’Irlande sous le nom de « Royaume-Uni de Grande-Bretagne » plus communément appelé « Royaume-Uni ». Ensuite, lorsque l’Irlande du sud obtient son indépendance en 1901, le royaume devient le « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord ». « À chaque fois qu’un territoire s’enlève ou s’ajoute, il faut changer le nom du royaume contrairement à la France qui n’a pas opéré de la même manière même lors d’annexions de territoires », ajoute le professeur d’histoire.
La Bretagne, quant à elle, est devenue une région au XXe siècle. Seulement, avec ses modifications géographiques, certains distiguent aujourd’hui la « Bretagne administrative » à la « Bretagne historique et culturelle » qui comprenait notamment la Loire-Atlantique, un long débat depuis des décennies…