Le Brexit s’invite au Sénat français

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Olivier Cadic (à gauche) avait reçu une délégation de The 3 Million au Sénat en juin dernier.

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Compte-rendu des échanges entre les trois représentantes de The 3 Million et le groupe de sénateurs : ici

A l’invitation du sénateur des Français établis à l’étranger Olivier Cadic (UDI), une délégation représentant le collectif The 3 Million, créé au lendemain du référendum de juin 2016, s’est rendue à Paris mercredi 30 mai pour plaider la cause des citoyens européens vivant au Royaume-Uni. En jeu, le maintien de leurs droits, après la sortie officielle du pays de l’UE. 

“Depuis notre rencontre à la conférence sur le Brexit en mars dernier, le sénateur a été d’un soutien incroyable”, confie Véronique David-Martin, qui faisait partie du voyage. Elles étaient trois, chacune dans un rôle bien défini. La co-auteure du livre témoignages “In Limbo”, a pu expliquer face au groupe sénatorial de suivi du Brexit, présidé par Jean Bizet, ce que vivaient les ressortissants de l’Union Européenne dans le contexte politique actuel. “Une Française, Caroline, qui a travaillé dans la même entreprise depuis des années, s’est fait récemment convoquer par son patron qui lui a demandé de changer son accent français au motif qu’il ne faisait pas professionnel. Pour couronner le tout, son petit garçon est rentré en larmes de l’école quelques jours après, parce qu’il était maltraité à cause de sa nationalité française”, a-t-elle raconté face aux autres sénateurs. 

Une situation méconnue voire inconnue en France

Anne-Laure Donskoy, co-présidente du mouvement “The 3 Million”, a de son côté pu rappeler aux élus de la République qu’en cas d’échec des négociations, les droits des citoyens européens disparaîtraient purement et simplement. “Si les négociations échouent, les citoyens européens devront alors postuler au statut réservé aux citoyens des pays tiers et dont l’obtention relève d’une procédure, qualifiée, y compris par la Chambre des Lords, de byzantine, tant elle apparaît comme longue, onéreuse et restrictive. Nos contacts au sein des instances représentatives du patronat britannique prévoient que 90% des ressortissants européens installés en Grande-Bretagne ne seront pas en mesure d’obtenir ce nouveau statut”, a-t-elle lancé aux représentants présents le jour de cette commission spéciale.

Enfin, Sylvie Jacubin, membre de The 3 Million et revenue vivre en France à cause du contexte politique, est venue apporter son propre témoignage des conséquences du Brexit. “La Grande-Bretagne n’est plus le pays où il est possible d’élever mes enfants. J’ai été agressée verbalement par les parents d’élèves au motif que j’étais française, à Colchester, dans l’Essex, alors que j’ai longtemps participé aux activités scolaires et que notre famille y était intégrée. Depuis ces quatre derniers mois, où je suis retournée vivre en France avec l’un de mes deux enfants, ma famille est déchirée entre la France et l’Angleterre”.

Après cette rencontre, ce qu’ont surtout retenues les trois Françaises, c’est que la situation vécue par les ressortissants européens au Royaume-Uni était très méconnue, voire inconnue, des élus. “Les sénateurs présents nous ont confiés que pour l’heure seuls les aspects économiques et commerciaux avaient été pris en compte et qu’ils étaient surpris d’entendre des témoignages de xénophobie” , confie Véronique David-Martin.

Pire, lors de leur rencontre avec Matthew Lodge, ministre plénipotentiaire à l’ambassade de Grande-Bretagne en France, et Olaf Henricson-Bell, conseiller aux affaires européennes et à la communication, elles se sont aperçues que ces derniers n’étaient visiblement pas au courant de ce qui se passait de l’autre côté de la Manche, dans leur propre pays d’origine. “Il ont bien essayé de nous rassurer, mais malgré leur bonne volonté, cela n’a pas vraiment fonctionné. Je n’ai pas été convaincue car ce n’est pas le reflet de notre expérience avec le gouvernement britannique”.

Prochaine étape : atteindre Emmanuel Macron

Malgré tout, Véronique David-Martin estime que ces différentes visites étaient très positives. “Il faudra juger sur les actions qui seront entreprises”, commente Véronique David-Martin, “on va avoir besoin aussi de l’aide du terrain, comme l’Ambassade et le Consulat. Il y aura certainement des Français qui voudront retourner au pays, il faudra alors les soutenir dans leurs démarches administratives, mais pas seulement. Redémarrer sa vie en France pourra être compliqué, il sera nécessaire de soutenir les personnes de toutes les façons”.

Le mouvement aimerait bien maintenant atteindre le président de la République, Emmanuel Macron. “Pour le moment, on a déjà fait un excellent départ, c’est encourageant. Les gens nous écoutent. Car il ne faut pas oublier qu’on défend les droits de tous les citoyens européens, pas seulement ceux des Français. C’est “tous pour un, un pour tous”, on ne laissera personne sur la route. Mais pour cela, tout le monde doit partager, continuer à parler et les gens se tenir au courant de ce qui se passe”, conclut Varonique David-Martin. 

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