Pourquoi les Britanniques portent-ils un pull moche lors du “Christmas Jumper Day” ?

question bete christmas jumper day pull moche

C’est devenu une tradition depuis 7 ans maintenant. Chaque année à la mi-décembre – en 2018, ce sera le vendredi 14 -, au travail ou à l’école, les Britanniques sont invités à porter leur pull de Noël le plus ringard lors de ce que l’on appelle au Royaume-Uni le Christmas Jumper Day. Mais pourquoi donc ?

Le plus farfelu, stupide ou ridicule possible… peu importe, mais il doit faire rire. Car le principe même du Christmas Jumper Day est de “propager la joie”. Cette journée du pull-over de Noël a été créée par l’association caritative britannique Save the Children en 2012, l’objectif étant de collecter des fonds pour les enfants dans le besoin.

Depuis lors, toute la Grande-Bretagne a adhéré au projet. Le principe est assez simple : il suffit de remplir le formulaire sur le site de l’association avec ses coordonnées et les personnes avec lesquelles vous participez à cette journée (collègues, camarades de classe, amis, famille). Les personnes reçoivent ensuite un pack contenant des conseils sur la collecte des dons et des informations de sensibilisation sur les actions de Save The Children. Elles sont aussi invitées à verser £2 pour permettre de financer des projets initiés par l’association caritative en direction des enfants du monde entier.

De la popularité à la disgrâce

Cette dernière s’est inspirée pour trouver cette idée du “Christmas Jumper Day” de la tradition des pulls moche de Noël, devenue populaire dans les années 1980 après que divers présentateurs de télévision connus (Gyles Brandreth et Timmy Mallett) ont commencé à les porter pendant les vacances de Noël. Une mode retombée en disgrâce à la fin des années 90. Ces pulls étaient alors considérés comme des cadeaux maudits. La preuve en est dans le film britannique, Bridget Jones sorti en 2001, le héros Mark Darcy est moqué à cause de son horrible Christmas jumper.

christmas jumper day mark darcyMais ça, c’était avant que les “hipsters” ne le remettent au goût du jour. La très sérieuse BBC avait même consacré un long article sur le sujet en 2012, au moment où Save The Children avait décidé de lancer sa journée. “Ce changement d’attitude a été attribué à la montée en puissance de cet archétype tant décrié, le hipster – jeune bohémien urbain, vêtu de vêtements de friperies consciemment excentriques”, confirmait alors le média britannique.

Des pulls datant de la fin du 19ème siècle

Le Dr Benjamin Wild, historien de la mode et conférencier consultant à la Sotheby’s Institute of Art, confie lui que la mode des Christmas jumpers ne date pas d’hier, puisque leur apparition remonterait à la fin du 19ème siècle dans les pays scandinaves. “Caractérisés par des bandes contrastées de motifs géométriques, ces pulls permettaient de distinguer les pêcheurs des différentes communautés”, explique le Dr Wild, le but étant ainsi d’identifier leur corps s’ils se noyaient en mer.

La vulgarisation de ce que l’on appellera plus tard les Christmas jumper est ensuite arrivée avec les skieurs. “Ils avaient besoin de vêtements chauds tout autant que les pêcheurs et, à mesure que leur sport évoluait au cours de la première moitié du 20ème siècle. Les tricots avec des motifs géométriques et des couleurs influencées par les paysages forestiers sont alors devenus des vêtements de ski courants”, poursuit l’historien.

Puis des stars d’Hollywood ont commencé à en porter à leur tour, dans le cadre de leurs vacances au ski. Ces tricots ont ensuite été captés dans les années 70 par la publicité qui les a associés à la période de Noël. “La culture pop et les défilés de mode des années 80 et 90 ont vraiment aidé ces pulls à devenir davantage populaire, car les designers ont injecté l’énergie de l’époque dans leurs créations, ce qui a donné naissance à des pulls brillants et à motifs, adoptés par les stars du petit écran”, complète l’expert.

Le Christmas jumper est aujourd’hui devenu légion en Grande-Bretagne. “C’est maintenant un achat populaire et il attire particulièrement les Britanniques en raison de leur humour décalé et enjoué”, conclut le Dr Benjamin Wild.