Dans la rue ou dans les urnes, un mécontentement mondial

Manifestation gilets jaunes article La Croix
Manifestation des  gilets jaunes, le 8 décembre 2018, avenue des Champs-Elysées. Crédit : Martin Argyroglo / Divergence Im

En savoir plus

Pour s'abonner à La Croix : ici

(Article partenaire) Qui y a-t-il de commun entre les électeurs du Brexit, ceux de Donald Trump, ceux du Mouvement 5 étoiles en Italie, les gilets jaunes, le mouvement occupy Wall Street ?

Depuis quelques années, des mouvements spontanés de protestation ou que l’on peut plus clairement étiquetés de “nationaux-populistes” secouent la planète. Ils ont tous en commun leur affranchissement des partis traditionnels ou des oragnisations syndicales.

Avec la crise des gilets jaunes, la France connaît-elle un moment comparable à ceux qu’ont connus d’autres démocraties occidentales ces dernières années ? La question, immanquablement, se pose aux observateurs qui, s’ils avaient perçu de longue date les signaux du mécontentement en France, n’avaient pas anticipé l’explosion de colère actuelle.

Des comparaisons avec le Brexit

De fait des comparaisons s’imposent. Avec le Brexit, outre-Manche, décidé par voie référendaire, à la surprise générale, par le peuple britannique, en juin 2016. Ou avec l’élection tout aussi inattendue de Donald Trump aux États-Unis, en novembre de la même année. Deux marqueurs des mouvements dits “nationaux-populistes” qui se manifestent d’un bout à l’autre de la planète, d’Italie en Hongrie, des Philippines au Brésil en passant par la Turquie… Un milliard de personnes ont mis leur destin entre les mains de dirigeants se revendiquant du populisme, constate ainsi l’économiste chilien Andrés Velasco, dans une tribune, parue le 30 novembre dernier dans la revue “Project Syndicate”.

Moins d’impôts, des salaires plus élevés, ne plus vivre dans l’angoisse des fins de mois compliquées : ces revendications semblent constituer une sorte de fil rouge entre les mouvements qui ont pris forme en Occident et, dans une moindre mesure, dans les pays d’Europe centrale. Ils auraient aussi en commun le rejet des partis, des syndicats et des institutions gouvernementales existantes, jugés incapables de proposer des remparts contre l’insécurité économique.

Si l’on tente de comparer le mouvement des partisans du Brexit à celui des gilets jaunes, les régions qui ont majoritairement voté en faveur de la sortie de l’UE sont celles qui, à l’image des “gilets jaunes” en France, se considèrent comme les perdantes d’une mondialisation favorisant les grandes métropoles comme Londres.

Un rejet de l’ordre politique établi

L’Angleterre connaît un clivage ancien entre le Nord et le Sud qui s’est accentué durant le mandat de Margaret Thatcher (1979-1990) avec la désindustrialisation et surtout le désengagement de l’État dans le Nord. “Les Gilets jaunes sont l’équivalent dans la rue du Brexit dans les urnes, l’expression des frustrations des classes populaires. Mais alors que la colère des Français s’exprime sur les bannières des manifs, celle des Britanniques passe par le bulletin de vote”, estime Kalypso Nicolaïdis professeure de relations internationales à l’université d’Oxford dans une interview au Point.

Le vote du Brexit en 2016, comme l’élection de Macron et les manifestations contre lui aujourd’hui, représentent un rejet de l’ordre politique établi et un mécontentement cafouilleux contre le statu quo”, estime l’écrivain et journaliste américain John B. Judis.

Aux États-Unis, les supporteurs de Donald Trump partageraient ce même ressentiment avec les gilets jaunes. “Dans les petits villages, dans les zones rurales de France et dans les rues de Paris, les gilets jaunes sont exactement les mêmes personnes qui ont élu Donald Trump, le même type de personnes qui ont voté pour le Brexit. ils veulent avoir le contrôle de leur pays, ils croient en l’État-nation”, affirmait, samedi 8 décembre, à Bruxelles, l’ancien conseiller du président américain Steve Bannon, en présence de la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen.

“The Movement”, l’organisation fondée par Steve Bannon, entend promouvoir le courant le national-populiste en Europe, en faisant le lien entre angoisse identitaire, refus de l’immigration et peur du déclassement.

Recours aux réseaux sociaux

D’autres commentateurs américains comparent les gilets jaunes à des mouvements comme le Tea Party ou Occupy Wall Street, qui ont en commun la mobilisation anti-fiscale, leur nature horizontale, le recours aux réseaux sociaux et la défiance envers les élites, mais la ressemblance s’arrête là. Le Tea Party, fortement conservateur, avait une articulation étroite avec les églises évangéliques et visait à réduire le rôle de l’État fédéral et de son budget. Quant aux activistes d’Occupy Wall Street, ils étaient plutôt issus des classes intellectuelles.

Comme les gilets jaunes, de nombreux mouvements sociaux sont ainsi nés d’une étincelle provoquée par une revendication très ponctuelle. Ces dernières années, les Brésiliens se sont mobilisés pour leurs transports en commun, les Québécois contre les frais d’inscription à l’université, les Turcs ont occupé la place Taksim pour empêcher l’édification d’un centre commercial…

“Les 40 revendications divulguées par les gilets jaunes ressemblent de manière frappante à celles des Indignés à Madrid. Même demande de justice sociale avec un plafonnement des salaires ou un impôt plus redistributif, même souci de faire fonctionner la démocratie directe”, explique Eddy Fougier, spécialiste des mouvements protestataires.

Dans leur sociologie, les “gilets jaunes” ressemblent aux partisans du Brexit ou à l’électorat de Donald Trump, “une population peu ou pas diplômée, qui a le sentiment d’être exclue de l’évolution de la société et qui a accumulé plusieurs décennies de rancœur”, poursuit-il. Ces revendications peuvent être irriguées par les idées altermondialistes d’il y a une quinzaine d’années. “Le mouvement altermondialiste, avec ses intellectuels et sa structure, s’est évanoui. Mais, ses idées ont été disséminées dans le grand public”, dit-il encore.

Andrés Velasco, dans sa tribune, relève lui aussi que le ferment commun à la colère, plus que le sentiment d’injustice sociale, peut être l’exaspération que fait naître une certaine forme d’arrogance des “élites politiques traditionnelles”, “de plus en plus coupées du monde réel”.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S)

Ce sur quoi a parfaitement su surfer, en Italie, le Mouvement 5 étoiles (M5S), né il y a à peine une décennie. “Parti anti-système ni droite ni gauche, le M5S s’était appuyé sur des mouvements préexistants”, relève Hervé Rayner, de l’institut d’études internationales de l’université de Lausanne, évoquant le mouvement uni au parti populiste et xénophobe de la Ligue, dans la coalition au pouvoir en Italie.

Il y eut ainsi les “Girotondo”, les chaînes humaines en forme de ronde pour protester contre la politique sociale et judiciaire sous l’ère Berlusconi. Ou plus récemment les “Forconi” (fourches), sous les gouvernements Monti et Letta, en 2012-2013. Avec leurs barrages routiers et leur révolte contre les mesures fiscales, les Forconi, font d’une certaine manière écho aux gilets jaunes.

“Ceux qui protestent en France sont au gouvernement en Italie”, note Stefano Ceccanti, professeur de droit à l’université La Sapienza de Rome. “Mais le M5S est en crise et cela profite à Matteo Salvini”, ajoute-t-il, évoquant le ministre de l’intérieur et chef de la Ligue. Un Matteo Salvini qui applaudit les gilets jaunes en qui il voit ses “partisans”.

François d’Alançon, Marie Verdier, Pierre Cochez, Agnès Rotivel, Jean-Yves Dana

 

Pour accéder à l’ensemble du journal, abonnez-vous à partir de 1 €. 

—————-
Note: les “articles partenaires” ne sont pas des articles de la rédaction de French Morning. Ils sont fournis par ou écrits sur commande d’un annonceur qui en détermine le contenu.

En savoir plus

Pour s'abonner à La Croix : ici